sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Gémeaux

Tabachnik, Maud

De Borée

7,50
12 mai 2020

Flic à Boston, Sam Goodman est dépêché à San Francisco où Dominique Genosi a été repéré. Et Sam est prêt à tout pour arrêter le mafieux français qui a descendu son co-équipier. Mais encore une fois, le coup de filet tourne court et Genosi s'enfuit, semant la mort sur son passage. Sur son chemin, il croise la route des frères Hunter et monte dans leur vieux mobil-home. Gil et Jeffrey Hunter, des jumeaux pas très malins mais qui manient le couteau à la moindre contrariété, ne sont certes pas les associés idéaux pour l'arrogant français, mais ils peuvent être le moyen pour lui de se sortir de l'impasse en montant un gros coup. Car Genosi doit se refaire financièrement, trouver de faux papiers et quitter les États-Unis qui ne lui ont pas porté chance. Alors que la police de San Francisco patauge pour retrouver sa trace, Sam embarque son amie journaliste Sandra Khan dans sa traque. La jeune femme, encore secouée par sa récente rencontre avec un tueur en série, ne tient pas la grande forme, mais suivre la cavale meurtrière du trio pourrait être une façon de se remettre en selle.

Nouvelle rencontre entre les deux héros récurrents de Maud Tabachnik. D'abord, Sam Goodman le flic juif de Boston, doté évidemment d'une mère juive qui cherche à le nourrir et à le marier et ensuite la journaliste lesbienne Sandra Khan, basée à San Francisco. Voilà pour les présentations. Du côté des méchants, le corse Dominique Genosi, une pointure chez les mafieux de la Côte d'Azur mais un loser de l'autre côté de l'Atlantique. Lâché par ses collègues locaux, il végète dans des motels miteux, vole des voitures après avoir refroidi leurs propriétaires et finit par s'acoquiner avec des autres losers, les jumeaux Hunter. Tout ce beau monde est bien sûr sans foi ni loi.
Rythme soutenu, beaucoup d'actions mais aucune profondeur. Encore une fois, Maud Tabachnik peine à convaincre. Ici le style sombre dans la vulgarité et les clichés pullulent. Écrire un polar à l'américaine n'est pas à la portée de tout le monde...

Les suicidées
21 avril 2020

La BEP est morte, vive la BREP !
Après le démantèlement de la Brigade d'Enquêtes Prioritaires de Bradfield et la démission de Carol Jordan, son équipe a rejoint d'autres brigades mais tous se languissent de leurs missions spéciales et de leur cheffe.
Dans les hautes sphères du pouvoir, on aimerait voir renaître la BEP mais sous une autre forme. Il s'agirait de la Brigade Régionale d'Enquêtes Prioritaires, chargée d'élucider les crimes dans tout le nord de l'Angleterre. Pour la diriger : Carol Jordan, bien sûr ! Mais l'ex-flic retape une grange au fin fond de la campagne et panse ses blessures à la vodka. Pourtant, certaines circonstances vont l'obliger à reprendre le collier et grâce à son ami, le psychologue et profiler, Tony Hill, à, peut-être, arrêter la bouteille.
Avant les débuts officiels de la BREP, histoire de se mettre en jambes, l'équipe se penche sur plusieurs suicides qui ont attiré l'attention de Tony. Des femmes, féministes convaincues, ont tenu des propos engagés qui ont déplu à certains hommes. Harcelées, insultées, menacées sur internet, ces femmes de caractère ont fini par craquer et mettre fin à leurs jours. Mais Tony ne croit pas au suicide...

C'est toujours un plaisir de retrouver le duo emblématique de Val McDermid. Carol et Tony dont on connaît les failles et aussi les rapports houleux sont ici sur la voie de la réconciliation et même si l'inspectrice rue dans les brancards, le profiler est bien décidé à lui apporter toute l'aide possible pour lui faire abandonner la bouteille. Autour d'eux, la belle équipe se reforme avec soulagement tant ils ont tous hâte de quitter les tâches subalternes dans lesquelles ils ont été cantonnés par une hiérarchie jalouse des prérogatives de la défunte BEP.
L'enquête ronronne gentiment et ne surprendra pas les lecteurs de l'auteure qui en profite pour faire passer ses messages féministes et LGBT, avec raison d'ailleurs, car on ne dira jamais assez combien est juste la cause des femmes qui réclament justice et égalité et combien elles suscitent de haine chez certains hommes qui se sentent attaqués dans leur soi-disant virilité.
Cependant, Val McDermid est en petite forme. L'intrigue traîne misérablement en longueur pour s'achever en feu d'artifice grâce à des enquêteurs très très inspirés. On tombe dans la facilité où l'intuition tombée du ciel prend le pas sur la recherche d'indices.
Les fans apprécieront tout de même ces retrouvailles avec Carol Jordan et la perspective de nouvelles enquêtes avec la BREP. À suivre.

Battle Royale, roman
9,90
19 avril 2020

Pour la classe de 3èB du collège municipal de Shiroiwa, ce qui aurait dû être un sympathique voyage scolaire se transforme en cauchemar lorsque, après avoir été endormis par un gaz, ils se réveillent dans une salle de classe inconnue devant trois soldats armés et un homme qui prétend être leur nouveau professeur principal. La surprise passée, s'installe la terreur. Leur classe a été choisie pour participer au Programme. Et le principe en est simple : ils sont 42 et à la fin il n'en restera qu'un. Lâchés sur une île déserte de la mer de Seto, ils ont pour seule consigne de s'entretuer...

Dans un Japon devenu La Grande République d'Asie, un régime totalitaire commandé par un Reichsführer, le Programme peut concerner à tout moment n'importe laquelle des classes de 3è. Les élèves sont alors isolés, souvent sur une île, armés et le cou enserré d'un collier explosif qui permet de les localiser et de les éliminer s'ils pénètrent dans une zone interdite ou si le commandant estime que le jeu traîne en longueur.
Bien sûr c'est un choc pour ces adolescents qui n'imaginaient pas devoir un jour faire du mal à un camarade de classe, un ami peut-être. Certains, naïfs, ne peuvent croire qu'un des leurs se prendra au jeu et pourtant, la 3èB du collège municipal de Shiroiwa n'est pas composée d'enfants de choeur. C'est une classe hétéroclite avec ses sportifs, ses geeks, ses mauvais garçons, et les filles ne sont pas en reste, parmi elles, certaines sont douces, amoureuses, bonnes élèves, d'autres sont plus délurées, pragmatiques, prêtes à tout pour sauver leur peau.
Car là est bien le problème auxquels ils seront confrontés : à qui se fier ? Quand les amis d'hier deviennent des ennemis sanguinaires, quand accorder sa confiance peut s'avérer fatal, on ne peut plus compter que sur soi-même et affronter son destin.
Parmi les élèves, Shûya Nanahara, sportif accompli et fan de rock américain, une musique jugée subversive par le pouvoir en place, imagine réunir ses camarades pour tenter d'attaquer les militaires qui les surveillent. Mais cela reste un vœu pieux et très vite les morts s'enchaînent. Pourtant, il réussit à retrouver la jolie Noriko dont son meilleur ami était amoureux et s'associe à Kawada, un nouvel élève venu de Kobé. Le trio ainsi constitué va essayer de survivre, porté par Kawada qui aurait LA solution pour s'évader de l'île. Mais pour cela il faut survivre au milieu des tirs, des attaques surprises, des trahisons, des faux rapprochements...
Souvent comparé à Hunger Games, Battle Royale est à la fois plus dur et plus fin que son célèbre successeur. Plus dur parce que le sang coule à flots, que les meurtres sont décrits avec minutie dans toute leur horreur, parce qu'il ne faut s'attacher à aucun personnage tant il est susceptible, bon ou mauvais, de se faire trucider la page suivante. Et plus fin parce que la psychologie des personnages est plus approfondie et les mécanismes de survie mieux analysés. C'est aussi un roman plus politique, un pamphlet contre le Japon, décrit comme une société obéissante, peu prompte à se rebeller contre les décisions iniques du pouvoir, un pays apte à basculer vers la dictature avec l'accord tacite d'un peuple de moutons.
Mais Koushun Takami sait doser ses effets et au milieu de toute cette noirceur il ménage à son lecteur des plages d'éclaircies illuminées par l'amour, l'amitié vraie et la possibilité pour chaque individu de rester humain et intègre en toute circonstance. Ainsi que de vraies pistes de réflexion sur les sentiments, la confiance, l'instinct de survie, le sens moral, la politique.
Même si le style n'est pas fabuleux, Battle Royale se dévore tout de même de bout en bout et réserve son lots de surprises jusqu'à la toute fin. Glaçant et réaliste.

Barcelona

Presses de la Cité

23,00
10 avril 2020

Barcelone, 1874. Après six années d'exil à Londres, Gabriel Camarasa est de retour dans sa ville natale et s'apprête à faire sa rentrée à l'Ecole d'architecture quand il manque de se faire renverser par le tramway dont les chevaux se sont emballés, rendus fous par la fumée d'un incendie. Et, si Gabriel est sauvé in extremis par un élégant jeune homme, les bureaux de la Gazette du Soir ne sont plus que cendres fumantes. Très vite, il oublie ce fait divers quand, à sa très grande joie, il retrouve son sauveur devant son école. Il s'agit d'Antoni Gaudi, lui aussi aspirant architecte; un excentrique qui devient très vite son meilleur ami. Mais bientôt, cette affaire d'incendie se rappelle à sa mémoire. En effet, son père, un homme d'affaires en vue, décidé à diversifier ses activités, a pris la tête des Nouvelles Illustrées, concurrent de la Gazette. Et la rumeur enfle dans la ville. Sempronio Camasara serait non seulement à l'origine du sinistre mais il serait revenu à Barcelone pour faire tomber la République et restaurer les Bourbons sur le trône d'Espagne. D'abord sceptique, Gabriel doit se résoudre à accepter qu'il ne connaît ni son père, ni ses affaires. Et même s'il s'en est toujours tenu éloigné, il est bien obligé de s'impliquer quand Sempronio est accusé de meurtre et arrêté. Avec Gaudi son nouvel ami, et Fiona, une journaliste- illustratrice anglaise dont il est amoureux, il se lance dans une enquête qui, il l'espère, disculpera son père.

Bienvenue à Barcelone ! Bouillonnante et mystérieuse, la cité catalane dévoile ses secrets et ses complots sous la plume inspirée de Daniel Sanchez Pardos. Dans un contexte politique tendu, entre partisans de la république en place et bourbonnistes, l'auteur a eu la bonne idée de faire du célèbre architecte Antoni Gaudi l'un de ses personnages. Au côté du candide Gabriel, Gaudi, encore étudiant, apparaît comme une sorte de dandy arrogant, fin connaisseur des bas fonds de la ville, aux facultés de déduction dignes de Sherlock Holmes. Mais la gente féminine n'est pas en reste avec la soeur de Gabriel, Margarita, jeune fille de bonne famille, intelligente et curieuse et Fiona, l'anglaise rousse incendiaire qui, d'un coup de crayon affûté, dessine les scènes de crime avec un réalisme effrayant. Quatre jeunes gens aux caractères différents, réunis par un soif de vivre et d'expérimenter propre à leur âge. Avec eux, on découvre aussi bien les salons huppés que les ruelles obscures, les soirées alcoolisées, les paradis artificiels, les goûters bien comme il faut. A l'opposé de cette jeunesse qui se cherche, qui expérimente, qui rêve aussi de révolution, les adultes ourdissent, dans le plus grand secret, des complots politiques en vue de mettre le jeune Alphonse, exilé en France, sur le trône d'Espagne, dans le but pas toujours avoué de s'attirer la gratitude et les faveurs du souverain.
Dans le contexte historique de 1874, Daniel Sanchez Pardos nous livre un polar historique passionnant entre conspirations, amitiés, amours et trahisons dans une Barcelone d'ombres et de lumières. Magique !

Le Journal de ma disparition
5 avril 2020

Adolescente, Malin s'est retrouvée au cœur d'un drame qui a secoué son paisible village en découvrant le corps sans vie d'une enfant dans les bois entourant Ormberg. Huit ans plus tard, c'est en tant qu'agent de police qu'elle est de retour sur les lieux du drame, pour reprendre l'enquête sur ce meurtre resté impuni. Intégrée à l'équipe de Manfred, Peter et Hanne, elle se réjouit de pouvoir faire ses preuves tout en appréhendant de retrouver le village et les souvenirs qu'elle a fuis. Même si sa mère y vit encore, Malin revient peu souvent dans ce coin perdu de Suède, sinistré par la crise où l'usine qui faisait vivre la région a été remplacée par un foyer pour réfugiés, au grand dam des locaux.
Mais très vite, l'enquête tourne mal. Le corps d'une femme est découvert à l'endroit même où était morte la petite fille inconnue, Peter est porté disparu et Hanne est retrouvée hagarde, frigorifiée et amnésique dans la forêt. La psychologue souffrant de problèmes de mémoire tient un journal de bord où pourrait se trouver une explication à la disparition de Peter mais ce précieux carnet est introuvable. C'est Jake Olsson, un adolescent présent dans la forêt en même temps qu'Hanne, qui désormais possède le journal. Mais plutôt que de le remettre à la police et d'avoir à expliquer sa présence sur les lieux, il préfère se plonger dans les souvenirs d'Hanne.

Tempêtes de neige, secrets de famille et misère sociale sont les ingrédients du deuxième opus de la série mettant en scène l'équipe de Manfred, Peter et la psychologue Hanne. Camilla Grebe leur adjoint deux nouvelles recrues, pas forcément des plus sympathiques, l'ambitieuse Malin, et le trop sûr de lui Andreas. Dans un village replié sur lui-même où les fermetures d'usine, le chômage, les vitrines baissées et l'exode rural ont insufflé aux rares habitants des sentiments d'abandon et de rancoeur, attisés encore par l'installation d'un foyer de réfugiés, l'auteure s'amuse à mêler un cold case et un crime récent, peut-être liés à travers le temps mais tous deux protégés par les taiseux du coin. Au milieu des habitants solidaires, parfois résignés, parfois racistes, s'élève la voix discrète de Jake, un adolescent qui se cherche, coincé entre la peur de sa différence et l'irrésistible envie d'être lui-même. A travers lui, on entend aussi les mots du journal d'Hanne qui seuls pourront peut-être expliquer la disparition de Peter et mener vers le tueur.
Un véritable page-turner qui ménage sa part de suspense tout en s'intéressant à la psychologie des différents personnages. On s'immerge sans peine dans ce village de carte postale aux maisons de bois rouges, sous une épaisse couche de neige immaculée et qui cache des drames humains et de sombres secrets. Encore une réussite pour Camilla Grebe qui a su se faire une place dans le monde du polar scandinave.