France M.

Lumen

16,00
par (Libraire)
12 mai 2022

Olivia est une adolescente qui, abandonnée à la naissance, ne connaît du monde que l’orphelinat où elle a grandi. Muette, elle est aussi capable de voir ce qu’elle appelle des goules – des fantômes en somme. La seule chose qui lui reste de sa mère est un journal, parfois cryptique et constellé de dessins indéchiffrables. Il contient entre autres un conseil : Olivia sera en sécurité tant qu’elle restera éloignée de Gallant. Et alors qu’elle pensait n’avoir aucune famille, voilà qu’elle reçoit une lettre de son oncle qui l’invite à venir vivre avec lui, dans son manoir, qui se nomme Gallant. Ravie toutefois de pouvoir quitter l’orphelinat, Olivia perd vite ses illusions lorsqu’elle reçoit, au manoir, la nouvelle que son oncle est mort ainsi qu’un accueil glacial de la part de son cousin. Elle remarque également que le mur en ruines qui longe le jardin de la propriété semble être au centre de la vie des habitants du manoir...

Gallant est un roman très atmosphérique et très vivant dans ses descriptions – il est de ce point de vue une réussite. Là où l’orphelinat semble toujours voilé d’une brume grisâtre, Gallant et son jardin est longuement décrit comme un endroit coloré – ce jeu de couleurs est d’ailleurs justifié par la suite de l’histoire. L’autre monde, celui de l’autre côté du mur, est par contraste sombre et uniforme. Olivia est un personnage fort et attachant, avec un lourd héritage qu’elle apprendra à comprendre au fur et à mesure de l’histoire, de par ses découvertes et une meilleure compréhension du journal de sa mère - omniprésent au point que plusieurs pages, graphiquement agréables à l’oeil, en soient reproduites dans le livre. Sa capacité à voir les goules, dans un monde en lisière du nôtre, rend l’atmosphère particulière et pesante. Les autres personnages sont réussis, du cousin pour lequel la responsabilité du manoir pèse de plus en plus, au couple de domestiques attachants.

Si la fin est peut-être un peu expéditive, Gallant est un roman qui suivra le lecteur bien après avoir fini le livre.

Kouji Mori

Vega Manga

8,00
par (Libraire)
31 mars 2022

Après Suicide Island, manga sur le thème de la survie en milieu naturel, Kouji Mori remet le couvert pour nous servir cette fois un manga toujours sur le thème de la survie, mais à l'époque de Néandertal et de l'homo sapiens.

Taiga et ses amis, tous étudiants en anthropologie, sont en voyage en Australie dans le but de prendre une pause avant la fin de leurs études, et réfléchir par la même occasion au sujet de leur thèse. C'est alors qu'ils font la découverte d'une grotte qui n'est pas référencée sur les cartes de la région, grotte dans laquelle ils vont découvrir des peintures rupestres. Suite à un éboulement, ils vont se retrouver plongés dans un nouveau monde, à plusieurs milliers d'années de leur époque d'origine.

Ils devront se débrouiller pour survivre à la soif et à la faim, mais aussi aux prédateurs, le pire d'entre eux étant l'homme lui même.

J'ai Lu

8,10
par (Libraire)
24 mars 2022

L’histoire est celle de Richard, londonien tout ce qu’il y a de plus normal : travail de bureau, fiancée un tantinet dirigiste, humble appartement. Jusqu’au jour où il se heurte en pleine rue à Porte, une jeune fille blessée, seule rescapée de sa famille qui vient d’être brutalement assassinée, et qu’il décide de lui apporter son aide. Des choses étranges se produisent alors : son entourage semble oublier jusqu’à son existence, il se retrouve poursuivi par deux tueurs qui cherchent Porte, et il découvre, sous Londres, un monde peuplé de vagabonds qui parlent aux rats et de toute une société magique. Parce qu’il espère que cela l’aidera à retrouver son ancienne vie, il se lance dans une quête pour aider Porte à retrouver les assassins de son père.

Neverwhere a tout d’abord été une série, éditée par la BBC en 1996, dont le tournage a été jugé bien trop frustrant pour Gaiman : entre détails impossibles à inclure et déviations du scénario, il a donc décidé d’en faire un roman, qui sortira la même année que la série.

Et il aurait été dommage de passer à côté de l’imagination prolifique de l’auteur ! Le monde du « Londres d’en bas » est très réussi : il est peuplé de personnages hauts en couleurs, en partie liés au métro de Londres et aux noms de ses stations (il y a réellement des moines à la station Blackfriars ; on trouve un ange du nom d’Islington dans le quartier The Angel du district d’Islington…) ; un mystérieux « Marché flottant » y est régulièrement organisé dans des lieux improbables – par exemple au sein même de l’abbaye de Westminster. Vandemar et Croup, les deux tueurs aux trousses de Richard et Porte, ont quelque chose de burtonien dans leur attitude cruelle jusqu’à l’absurde qui les rendrait presque sympathiques.

S’il est un voyage extrêmement plaisant, Neverwhere est également une certaine critique de la société : après tout, les mendiants sont tout simplement invisibles aux yeux des gens du « Londres d’en-haut ». Richard est un homme ordinaire, voire ennuyeux, et s’il semble tout d’abord un peu amorphe aux yeux du lecteur, il trouvera finalement davantage sa place dans cet univers où l’ennui d’une vie normale n’a pas lieu d’être. Neverwhere est une réussite à tous points de vue : dans l’univers foisonnant qu’il propose, dans la réflexion qu’il nous amène à faire à propos de nos vies. Enfin, il fut l’un des premiers livres de fantasy urbaine traduit en France, en 1998, et continue à se vendre régulièrement – une référence dans ce domaine qui, 24 ans plus tard, n’a pas pris une ride.

par (Libraire)
17 mars 2022

Juin 1944. La mère du petit Mainou perd la vie en couches alors qu'il n'a que 9 ans. S’ajoutent à cela les malheurs de la guerre : son père doit rejoindre la ligne Maginot, Mainou devra donc s'exiler en Lorraine, chez sa grand mère, en zone occupée, le temps que la guerre passe.

Que dire sinon « wahou ! » ? Avec la poésie et les maladresses de langage d'un enfant, l'auteur nous partage l'histoire de son père, de ses 9 ans jusqu'à la libération de la Lorraine un an plus tard, accompagné par le fantôme de sa mère, et de personnages tous plus attendrissants les uns que les autres. Un an dans la vie d'un enfant qui doit faire face au deuil et à la guerre, certainement les deux plus dures épreuves que la vie peut mettre sur notre chemin. Mais tout est plus doux avec la poésie d'un enfant...

Scholomance : leçon n° 1

1

Pygmalion

21,90
par (Libraire)
10 mars 2022

El « Galadriel » Higgins est élève à la Scholomance, une école de magie bien cachée qui reçoit tous les jeunes magiciens en puissance, et si l’on fera tout de suite un rapprochement bien naturel avec Harry Potter, on ne peut être plus éloigné de l’ambiance de la célèbre saga.

A la Scholomance, il n’y a pas de professeur. Les devoirs apparaissent tout seuls sur la table, les leçons de langue consistent à étudier la grammaire tout en ayant une voix sortie de nulle part qui vous susurre dans l’oreille dans la langue concernée. Et surtout, l’école est peuplée de monstres qui n’hésitent pas à sauter sur les élèves à la première occasion. Et on est loin de Peeves et de ses jets de craie sur les élèves les moins vigilants ; on parle ici de blessures, de mort en bonne et due forme, de tentacules qui se cachent dans le porridge du buffet du matin, de monstres déguisés en chaises qui attaquent dans l’atelier, de bestioles vicieuses qui se cachent dans le moindre recoin des chambres. Être élève dans cette école exige une vigilance constante (*clin d’œil appuyé*), en plus d’un travail colossal.

L’école est en effet douée de ce qui semble être une volonté propre et prend un malin plaisir à orienter votre cursus scolaire en fonction de vos actions. Ayez le malheur de vous pencher un peu trop sur un livre écrit en mandarin, elle en déduira qui vous étudiez la langue et vous fournira des devoirs sur le sujet lors de votre prochain cours. Et que dire de cette bibliothèque dont les rayonnages s’allongent ou se rétrécissent à l’infini en fonction de votre attitude envers les livres, ou de l’endroit où elle veut que vous atterrissiez…

Chaque année, les dortoirs s’enfoncent d’un cran dans le sol, rapprochant un peu plus les élèves de la salle des diplômes, seule porte vers le monde extérieur, où ils pourront retourner à la fin de leur scolarité. Problème : cette salle est bourrée de monstres, et les heureux diplômés doivent être très préparés pour réussir à en sortir en vie. Cela donne lieu à tout un jeu d’alliances pendant la scolarité, par affinité, mais surtout par puissance : les meilleurs élèves sont sollicités, et être inclus dans une enclave – de grandes associations de sorciers, à l’extérieur de l’école – est souvent le but ultime pour avoir une chance de sortir de l’école, en plus d’assurer un certain avenir une fois la scolarité terminée. C’est donc, également, une question de classes sociales. Et même si les choses sont moins franches que dans un Battle Royal pur et dur, certains élèves n’hésiteront pas, pour leur propre survie, à en sacrifier d’autres.

Dans tout cela, El est une grande solitaire. Élevée loin des enclaves par sa mère, rejetée par le reste de sa famille à cause d’une prophétie, elle n’appartient à aucun groupe et s’en satisfait très bien. Pourtant, son chemin va croiser celui d’Orion, jeune élève populaire qui passe le plus clair de son temps à essayer de sauver les autres, y compris El, ce qui l’énerve au plus haut point. D’autant plus que l’attitude d’Orion casse la dynamique de l’école : les monstres, n’ayant pas leur tribut occasionnel au cours de l’année, sont affamés…

Ce premier tome d’une série encore en cours en VO est surtout introductif. El est tout d’abord un personnage très renfermé qui passe le plus clair de son temps à critiquer le reste du monde, mais son évolution est intéressante et elle devient finalement attachante. Orion, personnage à la limite du cliché, s’avère plus profond qu’il n’y paraît. Quant à l’école, elle est un personnage à part entière, mystérieux, sombre et imprévisible. Éducation meurtrière est un livre très atmosphérique avec une mise en place redoutablement efficace. Reste à voir si les deux autres tomes de cette trilogie se maintiendront au même niveau !