France M.

Scholomance : leçon n° 1

Pygmalion

21,90
par (Libraire)
10 mars 2022

El « Galadriel » Higgins est élève à la Scholomance, une école de magie bien cachée qui reçoit tous les jeunes magiciens en puissance, et si l’on fera tout de suite un rapprochement bien naturel avec Harry Potter, on ne peut être plus éloigné de l’ambiance de la célèbre saga.

A la Scholomance, il n’y a pas de professeur. Les devoirs apparaissent tout seuls sur la table, les leçons de langue consistent à étudier la grammaire tout en ayant une voix sortie de nulle part qui vous susurre dans l’oreille dans la langue concernée. Et surtout, l’école est peuplée de monstres qui n’hésitent pas à sauter sur les élèves à la première occasion. Et on est loin de Peeves et de ses jets de craie sur les élèves les moins vigilants ; on parle ici de blessures, de mort en bonne et due forme, de tentacules qui se cachent dans le porridge du buffet du matin, de monstres déguisés en chaises qui attaquent dans l’atelier, de bestioles vicieuses qui se cachent dans le moindre recoin des chambres. Être élève dans cette école exige une vigilance constante (*clin d’œil appuyé*), en plus d’un travail colossal.

L’école est en effet douée de ce qui semble être une volonté propre et prend un malin plaisir à orienter votre cursus scolaire en fonction de vos actions. Ayez le malheur de vous pencher un peu trop sur un livre écrit en mandarin, elle en déduira qui vous étudiez la langue et vous fournira des devoirs sur le sujet lors de votre prochain cours. Et que dire de cette bibliothèque dont les rayonnages s’allongent ou se rétrécissent à l’infini en fonction de votre attitude envers les livres, ou de l’endroit où elle veut que vous atterrissiez…

Chaque année, les dortoirs s’enfoncent d’un cran dans le sol, rapprochant un peu plus les élèves de la salle des diplômes, seule porte vers le monde extérieur, où ils pourront retourner à la fin de leur scolarité. Problème : cette salle est bourrée de monstres, et les heureux diplômés doivent être très préparés pour réussir à en sortir en vie. Cela donne lieu à tout un jeu d’alliances pendant la scolarité, par affinité, mais surtout par puissance : les meilleurs élèves sont sollicités, et être inclus dans une enclave – de grandes associations de sorciers, à l’extérieur de l’école – est souvent le but ultime pour avoir une chance de sortir de l’école, en plus d’assurer un certain avenir une fois la scolarité terminée. C’est donc, également, une question de classes sociales. Et même si les choses sont moins franches que dans un Battle Royal pur et dur, certains élèves n’hésiteront pas, pour leur propre survie, à en sacrifier d’autres.

Dans tout cela, El est une grande solitaire. Élevée loin des enclaves par sa mère, rejetée par le reste de sa famille à cause d’une prophétie, elle n’appartient à aucun groupe et s’en satisfait très bien. Pourtant, son chemin va croiser celui d’Orion, jeune élève populaire qui passe le plus clair de son temps à essayer de sauver les autres, y compris El, ce qui l’énerve au plus haut point. D’autant plus que l’attitude d’Orion casse la dynamique de l’école : les monstres, n’ayant pas leur tribut occasionnel au cours de l’année, sont affamés…

Ce premier tome d’une série encore en cours en VO est surtout introductif. El est tout d’abord un personnage très renfermé qui passe le plus clair de son temps à critiquer le reste du monde, mais son évolution est intéressante et elle devient finalement attachante. Orion, personnage à la limite du cliché, s’avère plus profond qu’il n’y paraît. Quant à l’école, elle est un personnage à part entière, mystérieux, sombre et imprévisible. Éducation meurtrière est un livre très atmosphérique avec une mise en place redoutablement efficace. Reste à voir si les deux autres tomes de cette trilogie se maintiendront au même niveau !

par (Libraire)
10 mars 2022

La princesse au visage de nuit, c’est un roman à mi-chemin entre enquête policière et fantastique qui nous entraîne dans les pas d’Hugo. Suite au décès de ses parents, le voilà forcé à retourner dans son village natal, qu’il a quitté précipitamment 20 ans plus tôt alors qu’il était encore enfant, et où il n’avait jamais remis les pieds. Ce voyage fait remonter à la surface ses traumatismes d’enfance, les maltraitances de ses parents, la disparition soudaine de ses deux amis de l’époque. Lorsqu’on découvre que la mort de ses parents n’est pas tout à fait accidentelle, il se met à mener l’enquête avec Anne, une jeune policière et sœur de Sophie, l’une de ses amies disparues.

L’ambiance du roman est très réussie : le petit village, isolé et silencieux, où les ragots vont bon train, et son château prétendument hanté au cœur de la forêt ; mais aussi et surtout la résurgence de ces peurs enfantines qui fait qu’on oscille constamment au bord de l’irréel : la vieille femme assimilée à une sorcière qui arpente encore les rues, cet homme gigantesque qu’Hugo identifiait comme un ogre lorsqu’il était enfant, le vent qui semble murmurer des prénoms, et cette ombre fantomatique qui hante la forêt. Et il y a également la légende de la princesse au visage de nuit, qu’on prétend morte depuis des centaines d’années, et qui revient selon certaines circonstances pour exaucer les vœux ou emporter les enfants avec elle.
De la nuit où ses deux amis ont disparu, Hugo n’a aucun souvenir. Le roman alterne en fait entre flash-backs de l’époque – qui viendront éclairer le lecteur au fur et à mesure – et passages de la vie présente, entre l’enquête menée dans le village et les quelques retours d’Hugo à sa vie parisienne agitée - l’occasion de renforcer par contraste la vie isolée au village. Si certains personnages sont peut-être trop peu contrastés, la plupart ont leurs blessures qui permettent d’aborder une foultitude de thèmes sensibles : maltraitances et abus, alcoolisme et dépendance, troubles mentaux… Vous voilà prévenus !

Le style de David Bry est très fluide, et les chapitres relativement courts : le roman se lit tout seul, et l’habileté de l’auteur dans le déroulement de l’intrigue fait de La princesse au visage de nuit un véritable page turner. En somme, une très belle réussite !

Christian Bourgois

44,90
par (Libraire)
10 mars 2022

Le Silmarillion est sans doute un peu moins connu que les deux titres phares de Tolkien – nul doute que ceux qui le connaissent au moins de nom savent qu’il est réputé difficile d’accès. S’il est effectivement moins facilement lisible, Le Silmarillion souffrait également en France d’un problème de traduction, et une nouvelle version était depuis longtemps espérée parmi les fans de l’auteur. C’est tout naturellement Daniel Lauzon qui s’y est attaqué, après avoir traduit plusieurs des volumes de L’histoire de la Terre du Milieu et avoir fourni la retraduction du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Retraductions d’ailleurs plus ou moins bien accueillies par les aficionados de la première, celle de Ledoux, et si le débat n’a peut-être pas lieu d’être ici, on signalera tout de même que nous avons désormais à disposition une traduction cohérente de l’ensemble des trois textes principaux de Tolkien, ce qui donne un accès vraiment facilité à l’œuvre de l’auteur.

Difficile donc, Le Silmarillion ? Il ne faut certes pas s’attendre à un second Seigneur des Anneaux. Les premiers textes du Silmarillion ont été écrits bien avant les premières pages de la fameuse trilogie – dès 1917 en fait. Tolkien y travaillera sa vie durant, parfois en le laissant en pause – notamment lors de la longue écriture du Seigneur des Anneaux – et le laissera inachevé à son fils Christopher qui publiera la version finale. Dans l’esprit de Tolkien, Le Silmarillion était pourtant indissociable du Seigneur des Anneaux – il a d’ailleurs tenté de convaincre son éditeur de publier les deux en même temps. Si Le Seigneur des Anneaux est une partie de l’histoire, Le Silmarillion est en effet sa mythologie. Beaucoup de références à ce texte sont d’ailleurs faites dans Le Seigneur des Anneaux – les chansons (notamment celle de Beren et Luthien, qui fait écho à l’histoire d’Aragorn et Arwen), les références à Elendil, aux Jours Anciens, sont nombreuses. Et l’on parle de mythologie au sens large, puisque le texte commence littéralement par la création du monde par Eru, autrement dit Dieu.
Cette création sera vite perturbée par Melkor, qui sera le grand antagoniste des deux premiers Âges du monde (à noter que Sauron est déjà présent mais n’est alors que son second). Suivent les 24 chapitres de la Quenta Silmarillion, le gros de l’histoire, où l’on voit la lutte des divinités, elfes, hommes et nains contre Melkor. Cette guerre s’étend sur une longue, très longue période ; les personnages sont nombreux, les évènements aussi, et c’est peut-être là que réside l’une des difficultés du Silmarillion : se souvenir de qui est qui, de où est tel endroit.

Après le Silmarillion vient l’histoire de la chute de Numenor, cette île qui atteint son apogée avant que son peuple, finalement corrompu, ne provoque le courroux des puissances de l’Ouest, précipitant sa disparition sous les flots. L’histoire évoquera bien sûr celle de l’Atlantide. Cette vague qui submerge toute un pan de terre était un rêve récurrent de Tolkien. C’est de cette île que vient Elendil, un ancêtre d’Aragorn.
La dernière partie, Les Anneaux de pouvoir et le Troisième Âge, décrit comment les Anneaux dont il est question dans Le Seigneur des Anneaux ont été forgés.

Vous l’aurez compris : Le Silmarillion est un ouvrage très dense, qui traite d’une longue période de l’histoire de la Terre du Milieu. Les noms de personnages et de lieux foisonnent (à noter qu’un lexique est donné en fin d’ouvrage, auquel on peut se référer en cas de doute sur l’identité d’un personnage), le récit d’abord quasi-biblique finit par se diriger vers un univers où les Puissances de l’Ouest se font plus discrètes, pour finalement quasiment disparaître lors du Troisième Âge, période où se déroulent les évènements du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Le style est, lui aussi, plus difficile d’accès, plus loin du roman – mais sur ce point, cette nouvelle traduction fait merveille et le texte est clairement plus fluide.
Faut-il le lire ? Sans aucun doute, pour quiconque veut approfondir sa connaissance de l’univers de l’auteur. On peut toutefois éviter de trop considérer le livre comme un roman à lire d’une traite. Si l’ouvrage vous paraît vraiment effrayant, il est à noter que trois de ses histoires ont également été publiées en livres indépendants : La chute de Gondolin et Beren et Luthien (ces deux livres contiennent différentes versions de ces récits, annotées par Christopher Tolkien) et Les enfants de Hurin (pour celui-là, le livre est réellement conçu comme un roman à lire d’une traite). Avoir ces trois lectures en bagage peut faciliter l’accès au Silmarillion, même si ce n’est pas forcément nécessaire.
Enfin, gardons à l’esprit qu’il ne s’agit pas non plus du livre le plus compliqué du monde, et que sa réputation de livre quasi-inaccessible est peut-être un peu exagérée. Le mieux est peut-être d’essayer tout simplement de se lancer – et vous pourriez être surpris de constater que ce n’est après tout pas si difficile. Quoi qu’il en soit, Le Silmarillion reste dans l’esprit de l’auteur comme dans l’esprit des fans l’oeuvre clé de Tolkien, et il serait dommage, pour quiconque s’intéresse un peu à cet univers, de ne pas au moins s’y risquer.

Enfin, sachez que cette nouvelle édition est un bel ouvrage et est agrémentée des superbes illustrations de Ted Nasmith.

Le Bélial

9,90
par (Libraire)
20 janvier 2022

Nous sommes à Londres, en 1907, à mi-chemin entre l’univers de Sherlock Holmes et celui de La Guerre des mondes. Si la première vague de martiens et tripodes a été repoussée, une seconde est arrivée un peu plus tard, se prétendant cette fois pacifique ; la cohabitation se passe donc plus ou moins bien, certains y voyant des avantages majeurs – progression de la science, de la médecine-, d’autres protestent contre ce qu’ils supposent être une invasion en bonne et due forme.
Sherlock Holmes a par le passé élucidé l’assassinat d’un ambassadeur martien. On s’adresse donc de nouveau à lui, cette fois pour résoudre le meurtre d’un éminent philosophe martien, assassiné sur la planète rouge même, obligeant Sherlock Holmes et Watson à voyager jusqu’à elle.

L’un des points remarquables de cette novella est la fidélité au style originel des romans de Conan Doyle. Le récit est toujours raconté par Watson, le lexique de l’époque est respecté ; on pourrait croire sans problème à un texte canonique, n’eut été le contexte résolument old-school-SF. On n’en dira pas plus sur l’intrigue pour ne pas spoiler outre mesure, et si l’on peut parfois regretter que Sherlock Holmes soit un peu plus effacé que dans les textes d’origine – voire même qu’il pourrait être remplacé par un personnage créé de toutes pièces-, sa présence est justifiée très habilement.
L’affaire est d’ailleurs finalement bien plus complexe qu’un simple meurtre et s’inscrit clairement dans une histoire bien plus grande, et finalement assez différente des aventures les plus connues du détective. Exit donc les énigmes à résoudre et les grands raisonnements : nous avons là une histoire qui tient plus de l’action, avec même l’ajout d’un personnage féminin éminemment badass qui détonne dans ce contexte. C’est fluide, fun, ça se lit avec plaisir, et les quelques 129 pages du récit se tournent toutes seules.

Encore un excellent ajout à la collection Une Heure Lumière qui, au bout de 35 volumes et bien que contenant des textes très différents, fait toujours preuve d’une qualité continue.

1

Hugo et Cie

24,95
par (Libraire)
13 janvier 2022

Dans la mythologie grecque, Perséphone est la déesse du printemps, élevée par sa mère Déméter loin du royaume des dieux avant d’être enlevée par Hadès, qui l’épousera.

Lore Olympus, énorme succès de la plateforme de publication Webtoons avant d’être publié en format papier, reprend les bases de cette histoire en prenant le parti de la moderniser complètement. Exit donc les toges et le langage ampoulé : ici les dieux partent en soirée en costard-cravate et communiquent à grands coups de Messenger. On le dit à Perséphone dès le début : sortir en toge, c’est ressembler à une relique. On appréciera, ou non, ce changement, mais le fait est qu’il permet de mettre en lumière avec habileté certains thèmes qui, faisant partie intégrante de la mythologie classique, peuvent ne plus choquer le lecteur contemporain. Le livre, après tout, commence par une série de Trigger Warnings (TW, avertissement permettant au lecteur de savoir par avance quels sujets sensibles seront abordés, lui donnant l’occasion de passer son chemin si nécessaire) : maltraitance, traumatismes sexuels, relations toxiques.

Malgré la volonté de modernité, l’album reste assez fidèle au matériau de base : les différents dieux sont bien reconnaissables de par leur caractère (et leur couleur en fait, chacun ayant une couleur de peau différente selon ses attributions), et s’ils semblent presque caricaturaux, c’est justement parce qu’ils correspondent bien à leurs personnages d’origine. Perséphone et Hadès forment un couple finalement assez proche du cliché – la demoiselle un brin naïve, isolée de tout par sa mère protectrice au point que ça en soit malsain, et le type froid, un peu mystérieux – mais force est de constater que tout cela fonctionne très bien. Le dessin, lui, peut être un peu déroutant, mais les planches étant assez peu chargées, le problème se résout vite. La mise en couleur est très efficace, il y a une vraie réflexion sur leur utilisation, et le style est vraiment agréable à l’oeil.

En somme, une très bonne réécriture d’un grand mythe de la mythologie grecque – on attendra le second tome de pied ferme !