France M.

La trilogie des Poudremages

2

Leha

25,00
Conseillé par (Libraire)
25 mai 2023

Avec la parution du troisième tome fin janvier, la trilogie des Poudremages est enfin sortie au grand complet. L’occasion de faire le point sur cette série de fantasy qui fut pour moi un vrai coup de cœur dès le premier volume.

Le premier tome, je vous en disais déjà beaucoup de bien il y a quelques mois. Après un coup d’État réussi, le maréchal Tamas tentait de mettre de l’ordre dans un pays où couvait la guerre civile pendant que l’envahisseur menaçait aux frontières du pays ; son fils Taniel était envoyé à la poursuite d’une Privilégiée, puissante magicienne ; l’inspecteur Adamat était chargé d’enquêter sur une prophétie prévoyant le retour des Dieux ; Nila, lavandière, parvenait de son côté à sauver le fils de la famille noble pour laquelle elle travaillait. Le tome était bien rythmé, avec une découverte en douceur d’un univers pourtant complexe et extrêmement bien construit, des personnages attachants et une belle montée en puissance à la fin du tome. La question était de savoir si la suite retomberait comme un soufflé, et ce fut loin d’être le cas.
Sans trop en révéler sur l’intrigue, le second tome, davantage militaire que le premier, dévoilait un peu plus de l’univers construit par l’auteur tout en rebattant les cartes : là où on attendait certains personnages en position de héros, ils se retrouvaient au final chassés par l’ennemi, voire par leur propre camp. D’autres suivaient une évolution parfois plus inattendue – je pense notamment à Nila, très effacée dans le premier tome mais qui laisse apercevoir des possibilités intéressantes à la fin du deuxième. Ce second tome se terminait, comme le précédent, en fanfare, laissant à nouveau la lectrice que je suis en attente impatiente de la suite et fin.
Et ce troisième tome a su tenir toutes ses promesses. Là encore, impossible de trop en dire dans ce billet qui se veut volontairement sans spoiler. L’intrigue se révèle être un bon équilibre entre rebondissements côté militaire et cheminements plus personnels de certains personnages. La fin est, quant à elle, à l’image de la série : explosive.

Alors oui, je peux le dire maintenant que la trilogie est publiée entièrement : cette série est excellente. Le worldbuilding en lui-même est déjà très réussi, avec un très bon équilibre des différentes magies et forces qui peuplent l’univers. L’intrigue sait alterner entre grande campagne militaire et intrigues plus secrètes sans pour autant rendre la lecture fastidieuse. Les personnages, loin d’être statiques, portent l’intrigue à bout de bras, évoluent, dévoilent des faiblesses ou des forces qu’on ne leur soupçonnait pas en premier lieu, les rendant particulièrement attachants. J’ai déjà cité Nila qui a probablement la meilleure évolution de la série, mais Ka-Poel, qui accompagne Taniel, se défend également de ce côté. Enfin, la menace omniprésente des divinités qui peuplent le monde ajoutent avec brio à l’ambiance.
Sans trop de doutes, la Trilogie des Poudremages constitue une référence dans l’univers de la fantasy, et un auteur qu’on suivra avec plaisir si par bonheur, d’autres de ses ouvrages débarquent en VF en librairie !

7,40
Conseillé par (Libraire)
22 octobre 2022

À Woodleigh Common, petit village proche de Londres, une fête pour enfants est organisée à l’occasion d’Halloween. Pendant les préparatifs, la jeune Joyce se vante d’avoir un jour assisté à un vrai crime. Quelques heures plus tard, elle est retrouvée noyée dans une bassine. Mrs Oliver, autrice à succès demande alors à son vieil ami Hercule Poirot de se rendre sur les lieux pour mener l’enquête.

Jusqu’à maintenant, nous vous avons surtout parlé de livres récents. Le crime d’Halloween (autrefois connu sous le titre La fête du potiron), sorti pour la première fois en anglais en 1969, est loin d’en faire partie. Pourtant, quelle meilleure période qu’Halloween pour se replonger dans ce que l’on appelle désormais un bon vieux cozy mystery ? Le genre, remis au goût du jour avec de récents succès – notamment celui de MC Beaton et sa collection Agatha Raisin – se différencie des thrillers actuels par une ambiance plus légère (pas de flaques de sang ici, et on n’assiste pas souvent au meurtre) et un humour très british. Agatha Christie, avec entre autres Miss Marple et Hercule Poirot, en est une figure emblématique.
Ici donc, pas d’hémoglobine, pas de détails sordides. Le livre est surtout porté par une sacrée ambiance (un village isolé et bucolique) et des personnages bien marqués. Force est de constater qu’Agatha Christie excelle dans la création de personnages si caractéristiques que, malgré leur nombre, à aucun moment on ne les confond lors de leurs diverses apparitions ou évocations. Et c’est une sacrée galerie à laquelle on a droit, entre l’autrice de romans à succès, la veuve richissime qui cherche à garder le contrôle sur tout ce petit monde, l’artiste jardinier… Évidemment, tout ce petit monde a son lot de secrets plus ou moins anciens, qu’Hercule Poirot exhumera les uns après les autres afin d’essayer de les relier entre eux.
Le style d’Agatha Christie est également très reposant. Ici, pas de fioritures : les chapitres sont courts, les interrogatoires et les réflexions du détective se succèdent, tout s’enchaîne sans accrocs et sans lassitude. Le livre se boucle après quelques heures que l’on aura passé à soupçonner la plupart des personnages tour à tour avant d’être, comme toujours avec Agatha Christie, étonné par la fin.
Malgré le temps qui passe, c’est toujours un plaisir de (re)découvrir un Agatha Christie, et la saison se prête parfaitement à cet épisode.

Monsieur Toussaint Louverture

29,50
Conseillé par (Libraire)
14 octobre 2022

Monsieur Toussaint Louverture est une maison d’édition qui fait beaucoup parler d’elle de par la qualité de ses ouvrages – on citera notamment ces derniers temps la série Anne Shirley, ainsi que Blackwater, gros succès de l’été. Pour cette rentrée littéraire, l’éditeur nous offre une réédition de La maison des feuilles1. Et c’est un livre qui ne peut se résumer uniquement par son intrigue de fond.

Pour le fond : un couple et leurs deux enfants emménagent dans une maison en Virginie. Très vite, des choses étranges se passent : un placard apparaît là où il n’y avait rien – placard qui, une fois prises ses mesures intérieures et extérieures, s’avère plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur ; un mur se déplace ; un couloir entier apparaît de nulle part. Navidson, le père, explore brièvement le couloir et réalise qu’il n’est que l’entrée d’un gigantesque labyrinthe dont la forme change constamment et où se fait parfois entendre un grognement. Il demande bientôt à une équipe d’explorateurs de s’enfoncer dans le labyrinthe.

Pour la forme : Navidson est photographe professionnel. À l’emménagement, il a posé des caméras dans la maison, espérant monter un film sur la façon dont les gens investissent un espace. Il prendra également une caméra avec lui lors de sa première exploration, et en fournira à l’équipe d’explorateurs. Lorsque l’histoire se termine, ces différentes images seront montées en film, appelé « Le Navidson record ».
Ce film va être visionné par un homme qui n’a rien à voir avec la famille, Zampanò. Obsédé par cette histoire, il va l’analyser, la disséquer, aller chercher diverses sources, certaines directement liées à l’histoire, d’autres plus générales mais susceptibles d’aider à trouver un sens à l’histoire (à titre d’exemple, les références à la mythologie, et bien sûr au Minotaure, sont légions). Zampanò aime les longues analyses. Zampanò aime BEAUCOUP les notes de bas de page, et les listes.
En réalité, Zampanò meurt au début de l’histoire. Tous ses papiers à propos du Navidson record sont alors trouvés par Johnny, un jeune homme qui va décortiquer ce texte. Johnny aime aussi les notes de bas de page. Ses notes ont toutefois la particularité de parler beaucoup de sa propre vie, où on le voit sombrer peu à peu dans la démence. C’est le résultat combiné du texte de Zampanò et de Johnny que nous lisons dans La maison des feuilles.

Le texte est dès lors très inhabituel dans sa forme ; ce n’est pas un roman que nous lisons, mais un essai. Un essai bourré de notes de bas de page. Il y a des notes de bas de page dans les notes de bas de page. Et d’autres dans les notes de notes de bas de page. La typographie est d’ailleurs différente selon l’auteur de la note en question.
De plus, le texte n’est pas uniforme : tantôt essai « classique », tantôt transcription de vidéo, lettre, interview, et même partition de musique. Le lecteur est aussi constamment ramené au fait que le manuscrit de Zampanò a été découvert : il est souvent précisé qu’il manque une page, que telle partie est illisible, qu’une autre a été rayée, brûlée, couverte de goudron. Et la mise en page change également, devenant de plus en plus chaotique au fur et à mesure de l’avancée de l’équipe dans le labyrinthe, obligeant même parfois à tourner le livre dans un sens différent à chaque page abordée.
C’est donc une expérience de lecture toute particulière qui s’offre à celui qui ouvre le livre : le renvoi constant à des notes, sous notes et sous-sous notes de bas de page perd littéralement lecteur (oui, comme dans un labyrinthe). Les longs apartés de Johnny créent parfois un sentiment de frustration (comme dans un labyrinthe, non ?) lorsqu’ils interviennent aux moments cruciaux que vit l’équipe d’exploration du labyrinthe. L’intrigue porte sur un labyrinthe, gigantesque et changeant ; le livre, dans sa forme même, s’en fait le reflet.

La maison des feuilles est une lecture inédite, particulière, troublante, mais aussi brillante. Le lecteur est constamment réquisitionné, mais aussi manipulé (énormément de références de livres, interviews et essais sont fausses, cela étant annoncé dès le début. Libre à vous d’avoir le courage de tout vérifier !). On adhère ou pas, mais indubitablement, la lecture de La maison des feuilles est une expérience qui n’arrive pas souvent dans la vie d’un lecteur.

1Qui était déjà sorti chez Denoël en 2002², mais était épuisé depuis.
2 La réédition de 2013 chez ce même éditeur était également épuisée.³
3 Oui, ces notes de bas de page sont principalement là pour vous mettre dans l'ambiance.

16,50
Conseillé par (Libraire)
6 octobre 2022

Suzanne, une streameuse, quitte le domicile familial pour fuir son père. Saskia, apprentie artiste, est admise aux Beaux-arts de Paris et fait face au mépris paternaliste d’un célèbre galeriste. Anne-Lise, fille de bonne famille, se sent en décalage total avec sa famille et les autres élèves de son lycée. Toutes trois vont se retrouver à habiter sous les combles d’un même immeuble parisien, et des phénomènes inexpliqués vont commencer à se produire : un personnage étrange apparaît dans le jeu vidéo auquel joue Suzanne, Saskia est poursuivie par le spectre d’une vielle femme, Anne-Lise entend un choeur fantomatique de voix de femmes.

Les errantes a d'abord l'allure d'un simple roman d’épouvante à destination des adolescents : apparitions inexpliquées, visions, séance de ouija qui tourne mal, portes qui claquent ; on peut lui reprocher de mettre en scène les classiques un peu érodés du genre. Ce serait néanmoins passer à côté du message du roman qui va plus loin qu’une simple chasse aux fantômes. Si les entités qui hantent nos trois héroïnes sont toutes des femmes, ce n’est pas un hasard, et cela permet à l’autrice de brosser un portrait (historique et véridique) de femmes dont on condamnait les actes, les paroles, ou la production artistique dans un monde majoritairement dominé par les hommes. La façon dont ont été traitées nos trois personnages principaux fera d’ailleurs écho au même thème. Ensemble, elles tenteront donc de faire face à leurs peurs, de comprendre ce qui leur arrive, et naîtra une belle amitié entre ces trois jeunes femmes pourtant si différentes.

S’il part d’une situation initiale somme toute classique pour qui connaît un peu les codes de l’épouvante, le roman de Jo Witek va donc plus loin ; c’est une belle histoire d’amitié, de femmes, avec une fin très émouvante. Un très bon roman ado.

Conseillé par (Libraire)
22 septembre 2022

Sakura, 8 ans, vit à Tokyo avec son papa français. Trois ans auparavant, elle a perdu sa maman japonaise et éprouve des difficultés à surmonter ce deuil. Son père devant s’absenter pour un voyage d’affaires, elle se retrouve à passer quelques semaines chez sa grand-mère maternelle, au cœur de la campagne japonaise. D’abord désorientée par cette culture qu’elle connaît finalement assez peu, Sakura va finalement être profondément transformée par ce séjour.

Le printemps de Sakura est un album qui rappellera au lecteur certains albums de Taniguchi. Sakura y découvre le rythme simple de la vie à la campagne, et le voyage est très sensoriel : les odeurs de la mer et du jardin, les cerisiers en fleurs, la pêche aux coquillages, la cuisine… Masumi, sa grand-mère, lui fera également découvrir les traditions japonaises, lui parlera des esprits qui peuplent l’imaginaire japonais… Sakura, en pleine perte de repères quant à son identité (elle ne parle pas bien japonais, subit de la discrimination à son école de Tôkyô), va ainsi explorer un peu plus ses origines.

C’est également l’occasion de tenter d’accepter la mort de sa mère, en découvrant l’endroit où elle a grandi et en faisant connaissance avec la personne qui l’a élevée.
Le printemps de Sakura est un album très doux, souvent contemplatif, cette ambiance étant amplifiée par le choix des dessins à l’aquarelle. Un très joli moment de lecture.