France M.

Natalia García Freire

Christian Bourgois

20,00
par (Libraire)
12 septembre 2021

Mortepeau est un récit étrange et sombre, proche d’un conte gothique. Lucas, le narrateur, revient dans la maison familiale après en avoir été chassé par deux inconnus. Les mêmes inconnus qui, un jour, sont arrivés de nulle part et ont été hébergés par le père de Lucas, bouleversant ainsi l’ordre familial.
De l’époque d’avant, il ne reste plus grand-chose. Son père ? Mort et enterré dans le jardin – c’est d’ailleurs à lui que Lucas s’adresse tout au long du récit. Sa mère ? Précipitée dans un sombre destin, elle n’est plus là pour entretenir le jardin, autrefois luxuriant, qui est désormais envahit de mauvaises herbes et laissé à l’abandon. C’est elle qui avait donné à Lucas un intérêt pour la botanique et pour les insectes, deux mondes dont la présence est permanente dans le récit. Chaque page est sensorielle, entre la terre qui colle aux pieds, la poussière qui vole, les insectes qui grouillent à chaque page, donnant au tout une atmosphère très particulière.

Le récit alterne entre flash-back et présent, jusqu’à sa fin inéluctable, en abordant d’autres thèmes : le passage à l’âge adulte, la maladie (physique ou mentale), l’influence de la religion sur la vie du narrateur et de sa famille, et l’on en vient à frôler le fantastique par endroits.
Si l’ambiance très particulière du livre ne plaira sans doute pas à tout le monde, Mortepeau est toutefois une de ces sorties de la rentrée littéraire qui mérite qu’on lui donne sa chance.

Camille LEBOULANGER

Argyll

19,90
par (Libraire)
8 septembre 2021

Le Chien du forgeron, c’est l’histoire du personnage mythique de Cuchulainn, sans doute moins connu qu’un Hercule, mais qui s’inscrit dans la même veine : le héros est fort, viril, et voué à la gloire. Les épisodes de la vie du personnage, de sa jeunesse en tant que Setanta à sa formation à la cour du roi où il devient connu comme le Chien et ses hauts faits qui suivirent, comme l’épisode de la razzia où le héros s’illustre en battant nombre d’ennemis, les principaux épisodes du mythe tel qu’il nous est parvenu sont retranscrits.
Néanmoins, le mythe est ici (ré)écrit par un auteur du XXIème siècle, ce qui occasionne un glissement de point de vue des plus intéressants. Si l’habileté au combat du Chien n’est pas discutable, il reste un personnage incapable de se conformer aux codes de la société dans laquelle il évolue, et totalement détestable. Cela, l’auteur nous le fait bien comprendre par le biais du narrateur – toute l’histoire est narrée par un conteur, devant son public – qui ne manque pas une occasion de dire tout le mal qu’il pense du personnage du Chien. Se pose aussi la question de la responsabilité de son entourage dans l’homme qu’il est devenu – sa mère qui le glorifie dès la naissance, son oncle le roi incapable de prendre des mesures pour le contrôler, ce qui aura des conséquences certaines sur le royaume de paix qu’il avait instauré jusqu’alors.
Le Chien du forgeron est clairement un roman anti-viriliste, avec quelques traces de féminisme, et c’est ce qui fait une grande partie de son intérêt. Le style de Camille Leboulanger est très fluide, le livre se lit tout seul et on n’aurait pas dit non à quelques pages supplémentaires, quelques détails sur des épisodes passés sous silence, même si le narrateur nous rappelle que cela n’est peut-être pas de son ressort. Bref, un excellent roman entre historique et fantasy qui a de bonnes chances d’être l’un des meilleurs du genre cette année.

par (Libraire)
18 juin 2016

Décembre 1999, une fin d’année et de siècle marquée par les terribles tempêtes. Antoine Courtin, douze ans vit dans la petite ville de Beauval, au coeur d'une région couverte de forêts. Un endroit plutôt paisible, dirigé par Monsieur Weiser, maire et propriétaire de l'usine de jouets en bois, dont l’avenir est menacé.

Antoine vit seul avec une mère un peu rigide, car ses parents ont divorcé. Son père s’est installé en Allemagne et le jeune garçon ne le voit presque plus. Il se sent un peu isolé des autres enfants de son âge. Sa solitude s'accroît le jour où ceux-ci ne portent guère plus d'intérêt à la cabane qu'ils construisaient ensemble dans le bois de Saint Eustache mais plutôt à la PlayStation de Kévin.

Alors pour combler ce vide, Antoine rencontre chaque jour Ulysse, le chien du voisin. C'est avec lui dans les pattes qu'Antoine s'attelle à la construction d'une nouvelle cabane, cette fois haute perchée. Mais Ulysse se fait renverser par une voiture et le voisin achève son chien d'un coup de fusil pour abréger ses souffrances et fourre le corps dans un sac plastique.

Antoine a tout vu, et sous le choc va se réfugier dans les bois où il détruit sa cabane. Lorsque Rémi 6 ans, le fils du voisin s'approche de lui, Antoine fou de rage et déprimé, passe sa colère sur l’enfant. Il lui assène un mauvais coup sur la tête et Antoine ne peut se rendre qu'à cette évidence : il a tué Rémi. À grands coups d'efforts, il cache le corps de Rémi sous le tronc massif d'un hêtre.

De retour chez lui, Antoine attend, tremblant de peur, qu'on vienne le chercher...

S'ensuit une enquête, des personnes accusées, relâchées, et finalement l’évènement est étouffé par les effroyables tempêtes de 1999.

Malgré tout Antoine va vivre une existence d'enfer, car il est doté d’un caractère hyper angoissé. Il n'aura de cesse de vouloir fuir le village. Y parviendra-t-il? La punition tombe sur lui d'elle-même. Le titre est bien choisi " Trois jours et une vie" mais laquelle? Comment vivre avec un tel poids ? Celui d'avoir tué, par accès de colère, un petit garçon, alors qu'on est soi même à l'orée de l'adolescence. Comment regarder en face la terrible réalité?

Pierre Lemaitre nous plonge en plein coeur de ce drame. On suit Antoine à 3 époques de sa vie: en 1999, 2011 et 2015, avec des passages au conditionnel dans lesquels Antoine imagine non seulement son arrestation mais aussi l’attitude des trois adultes qui l'ont couvert sans trop savoir, sans trop l'interroger finalement, comme on pardonne une bêtise d'enfant. On ressent ses émotions, on devine son désarroi et ses peurs. L'auteur traite de sujets très intéressants, à savoir la culpabilité, la notion de justice ou encore la conséquence de nos actes.

Après le genre policier, le genre roman avec "Au revoir là Haut" – prix Goncourt 2013, Pierre LEMAITRE s’essaie au roman dramatique : une ambiance de village plutôt pesante et tendue, des personnages fouillés, parfois complexes ou cyniques, une fin inattendue, une écriture enlevée et précise.... La fin de ce roman sort des sentiers battus. Elle nous fait remonter tout du long du récit achevé. Des détails, insignifiants sur le coup, nous reviennent, nous frappent et prennent tout leurs sens. Un roman noir abouti.

par (Libraire)
11 juin 2016

Il était une fois une bibliothèque où se mêlent des centaines de récits tous plus ou moins mauvais ou bons, farfelus ou tragiques, étranges ou soporifiques, une bibliothèque dans laquelle chacun peut déposer ses manuscrits refusés par les maisons d’édition, une bibliothèque imaginée par Jean Pierre Gourvec bibliothécaire de la ville de Crozon en Bretagne en hommage à Brautigan une bibliothèque des livres refusés.

C’est dans cette bibliothèque que Delphine, éditrice parisienne originaire de Crozon, et son compagnon écrivain, en vacances dans la région, visitent cette collection de textes improbables et y dénichent un chef-d’œuvre intitulé « les dernières heures d’une histoire d’amour » d’un certain Henri Pick. Pour Delphine, ce roman est une perle littéraire qu’il faut publier. Hélas, le génie méconnu est mort depuis deux ans. Madeleine sa veuve apprend avec stupeur que son mari écrivait. Pourquoi n’en a-t-il jamais rien dit ? Lui qui était pizzaïlo ne lisait jamais et n’avait écrit que des listes de courses.

Flairant un coup superbe, Delphine décide de publier le livre chez Grasset où elle travaille. Un vrai succès, la carrière posthume d’Henri Pick est foudroyante. Et si toutefois cette affaire n’était qu’une supercherie ? Rouche, un ancien critique littéraire très antipathique va s’attacher à le prouver. Il décide alors d’enquêter pour prouver que son intuition est bonne.

Qui était vraiment Henri Pick ? Pourquoi avoir caché son talent d’écriture ? Est-ce vraiment lui qui a écrit ce roman ? S’ensuit toute une description du milieu littéraire et du milieu de l’édition faite avec une certaine forme d’humour un poil corrosif. On y croise des personnages un peu cabossés par la vie à l’image de Joséphine, la fille d’Henri Pick, Magali la nouvelle bibliothécaire de Crozon, personnages sur lesquels le succès du livre d’Henri Pick va avoir un impact avec des répercussions pas toujours faciles à vivre. A côté de ces protagonistes fictifs coexistent des personnalités du monde littéraire actuel comme le patron d’Albin Michel par exemple, ou François Busnel dans un passage plein d’humour racontant l’interview de Madeleine, la veuve de Pick par pour l’émission « La grande Librairie »

C’est en lisant « l’Avortement » de Richard Brautigan que David Foenkinos a eu l’idée d’écrire ce livre qui peut être qualifié de roman du roman. Y sont évoqués les vicissitudes de l’inspiration d’un auteur qui peut connaitre le succès (comme lui avec « Charlotte ») mais aussi la panne sèche et l’échec, tout comme sont dépeintes les facettes plus ou moins reluisantes du monde de l’édition présidant parfois au destin invraisemblable d’un ouvrage, bref à la construction de toute pièce d’un best-seller .

J’ai beaucoup aimé ce livre. C’est un récit réjouissant, à la fois humoristique et polar, avec une vision hilarante des coulisses du milieu littéraire.

Un très bon Foenkinos

par (Libraire)
1 juin 2016

Cette histoire est celle d’un fils émerveillé par le couple que forment ses parents dansant sur la chanson « Mister Bojangles » de Nina SIMONE. Dans ce couple, il n’y a de place que pour la fête perpétuelle, le plaisir, la fantaisie et les amis. Ainsi le père s’invente des personnages un peu décalés pour gagner les cœurs de son auditoire comme cet exercice de mythomanie désopilant : j’étais cette fois-ci le fils d’un riche industriel américain qui détenait des usines de construction automobile à DETROIT. J’avais corsé l’affaire en m’affublant d’un autisme profond qui m’avait fait rester muet jusqu’à l’âge de 7 ans. Mais quel fut votre premier mot s’exclama une convive ? PNEU lui répondis-je avec sérieux. Ahhhh, c’est pourquoi vous avez monté des garages !!!!!!!

Et puis il y a la mère, extravagante, loufoque, imprévisible qui change tout les jours de prénom en fonction du calendrier des saints. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille : Mademoiselle Superfétatoire un grand oiseau exotique ramené de Numidie , Superfétatoire car elle ne sert à rien …….

Alors le fils est entraîné dans ce tourbillon. A l’école il est obligé de mentir à l’envers car ni la maîtresse, ni ses camarades de classe ne croient en l’histoire de sa vie de famille et, rentré chez lui, il doit mentir à l’endroit. Et comme par ailleurs il est gaucher, il écrit en miroir c'est-à-dire en écriture inversée.

La mère finit un jour par « dérailler ». La 2ème partie du livre est un peu plus triste mais reste un véritable chant d’amour toujours aussi fou pour que la fête continue coûte que coûte

Ce livre a été mon super coup de cœur du printemps. J’ai été totalement bluffée. C’est extravagant, inattendu. Un vrai plaisir d’une lecture dans laquelle j’ai chaviré ou mieux chaloupé avec en fonds sonore la musique de tango d’Astor PIAZZOLA et la chanson de Nina SIMONE

Un premier roman, véritable coup de maître………à lire impérativement