sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Corée à cœur

Atelier des cahiers

22,00
12 mars 2019

Pendent ses études de commerce international, Ida Daussy choisit la Corée du Sud pour effectuer son stage obligatoire. Séduite par l'expérience, elle y revient, maîtrise en poche, pour un séjour d'un ou deux ans. C'était il y a 27 ans. La jeune Normande a rencontré l'amour, fondé une famille et mené une brillante carrière à la fois universitaire et médiatique. Française la plus connue de Corée, elle est à maintenant 50 ans une femme épanouie qui a fait son chemin dans son pays d'adoption, y a connu le bonheur mais aussi quelques difficultés. Forte de sa connaissance de la Corée, elle livre dans "Corée à cœur" un essai sociologique où elle aborde des sujets qu'elle maîtrise bien et qui, comme le titre l'indique, lui tienne à cœur. Loin des clichés et se servant de son expérience personnelle comme d'un fil rouge, elle raconte ce pays qui est devenu le sien, qu'elle a vu évoluer et s'ouvrir au monde.

Même si Ida Daussy est en Corée une personnalité médiatique qui a participé à de nombreuses émissions, du talk-show à la télé-réalité, il ne faut pas s'attendre ici au récit autobiographique riche en révélations croustillantes de la "petite fiancée des Coréens". Bien sûr, elle s'appuie sur ce qu'elle a vécu pour illustrer ses propos, mais son essai fait montre de solides connaissances et d'un vrai travail de documentation. Elle y brasse les sujets d'importance qui bouleverse le Pays du matin clair en constante évolution : la multiculturalité qu'elle vit au quotidien, elle qui après son divorce est devenu cheffe de famille avec deux enfants franco-coréens à charge ; l'immigration et le racisme : la place des femmes dans une société misogyne, l'éducation des enfants, l'amour et la sexualité ; le choc des générations et l'avenir d'un pays à la population vieillissante.
On y découvre les multiples visages du pays, une société qui s'est modernisée à un train d'enfer mais dont les mentalités restent figées par le confucianisme, une population qui a survécu à l'invasion japonaise, à la guerre, à la dictature, à la crise asiatique, et qui toujours se relève, prête à accepter de nouveaux défis. Ida Daussy a fait sa vie et sa carrière dans ce pays qu'elle aime avec suffisamment d'objectivité pour en voir aussi les défauts. Son bonheur, son mode de vie, ses activités en tout genre et bien sûr sa famille, elle les a construits jour après jour et il lui a fallu triplement se battre en tant que femme, étrangère et divorcée. Son avenir, elle le voit, chez elle en Corée, dans son pays de cœur qui saura encore une fois évoluer pour le meilleur.
Une approche exhaustive des problèmes de société de la Corée d'aujourd'hui, un panorama complet et passionnant de ce pays assez méconnu, car plus discret que son voisin du Nord.

Cuisine Végétarienne

Laure Kié

Mango

7 mars 2019

Quand ma fille rentre pour la week-end avec dans ses bagages une copine de fac, son arrivée est toujours précédée de consignes claires : "Sois sympa mais n'en fais pas trop ! Ne mets pas ton vieux jogging. N'essaie surtout pas d'être drôle !" En bref, ne me fais pas honte. Si ces fermes recommandations sont une constante, culinairement il y a des variantes : "Sophie est végétarienne mais elle mange des fruits de mer" ou "Fais gaffe, Macha est vegan alors pas d'œufs, pas de beurre, pas de lait" ou "Non, Lou n'est pas végé mais elle ne mange que de la viande blanche." Clairement il va falloir que je relègue le steak, frites, salade aux oubliettes et que j'adapte ma cuisine à cette nouvelle génération très sensible à la cause animale. D'abord les courses : lait d'amande, quinoa, fruits et légumes divers et variés et "Cuisine végétarienne" de Laure Kié. Un livre choisi parce que c'est Sophie qui vient nous rendre une petite visite (la végé qui entre temps a renoncé aussi aux fruits de mer) et que je connais l'auteure.
Bonne pioche ! Des recettes variées, classées par saison, des explications simples et des photos alléchantes. Merci Sophie, les lasagnes de ratatouille, sauce crémeuse au basilic et les poivrons farcis au chèvre et au quinoa sont devenus des incontournables à la maison. En revanche, les galettes aux céréales sont grassouillettes et prouvent bien qu'être végétarien ne préserve pas forcément de la junk food. Et je ne suis pas convaincue par les desserts qui, selon moi, manque cruellement de gourmandise.
Bilan du week-end : on a bien mangé, j'ai posé quelques questions jugées stupides (par ma fille) sur le végétarisme mais dans l'ensemble je me suis bien tenue, (j'ai même été drôle !). Maintenant, j'appréhende la visite de Macha, une végane pure et dure, qui va me donner du fil à retordre !

Bondrée
6 mars 2019

Été 1967. Boundary Pound fait le bonheur des vacanciers. Du soleil, un lac entouré d'une forêt profonde. Nature et farniente, chasse et pêche, confitures et barbecues. Ils s'appellent Duchamp ou McBain, Larue ou Latimer, viennent du Maine ou du Québec et partagent tous la douceur de vivre de ce lieu paradisiaque. Les femmes préparent des tartes, les enfants barbotent et les maris arrivent pour le week-end pour un repos bien mérité. Andrée est encore une enfant même si elle se donne des airs de grande et rêve de s'immiscer dans le duo formé par Zaza Mulligan et Sissi Morgan. Une blonde, l'autre rousse, deux gamines tout juste sorties de l'adolescence qui exhibent leurs longues jambes, chantent les Beatles à tue-tête, cigarettes fines au bec. Andrée les admire, les femmes leur jettent des regards réprobateurs et les hommes tentent de cacher la convoitise honteuse qu'elles allument dans leurs yeux. Rien de grave, rien de bien méchant. Mais tout bascule le jour où Zaza disparaît jusqu'à ce qu'un promeneur la retrouve dans les bois. Morte, la jambe coincée dans un piège à ours, elle s'est vidée de son sang. L'enquête menée par Stan Muchaud et son adjoint Jim Cusack conclut à un accident. Mais la quiétude de l'été a disparu avec Zaza. On s'inquiète, on organise des battues pour déloger les pièges, on déterre les histoires du passé. Celle de Pierre Landry, un déserteur qui voulait échapper à la Seconde Guerre mondiale et s'est réfugié dans les bois de Boundary. Un trappeur, un ermite, un sauvage, mort d'amour pour les beaux yeux d'une estivante qui ne l'aimait pas en retour. Son fantôme a-t-il tendu un piège à Zaza ? Quand une deuxième jeune fille disparaît, le doute n'est plus permis. Ce n'est pas un fantôme qui lui a rasé la tête et coupé la jambe...Michaud revient et cherche un meurtrier.

Quel magnifique roman ! Grâce à sa plume alerte et sensuelle, sa langue colorée mixant anglais et français, Andrée Michaud nous emmène avec elle au bord de ce lac qui marque la frontière entre Canada et Maine, dans les petits chalets habités par les familles d'estivants, au cœur de la forêt profonde qui l'entoure et contribue au mystère des lieux. C'est dans ce décor bucolique qui invite au farniente ou à l'exploration de la nature qu'elle instille discrètement un parfum de drame. Malgré les enfants qui s'ébattent dans les eaux du lac, les femmes qui confectionnent à tour de bras tartes et confitures, les hommes bienheureux qui viennent goûter ici au repos du guerrier, il y a quelque chose de pourri à Boundary, une odeur de mort qui vient peut-être de la triste histoire de Peter Landry...

À la suite de ses personnages si attachants, du flic surmené, hanté par une affaire non résolue et profondément humain, à la petite Andrée qui fait une entrée fracassante dans l'âge adulte, jusqu'à ces mères autoritaires et protectrices dignes représentantes de la bonne ménagère des années 60, on parcourt les sentiers de Boundary, on profite de la chaleur estival et puis on craint le pire, on cherche un coupable, on voit voler en éclat la douce langueur d'un dernier été au bord du lac.
Bref, plus qu'un polar c'est un roman d'atmosphère, extrêmement bien écrit, aux personnages marquants, dans un décor dépaysant. Un coup de cœur.

GUAN-GONG DIT OUI !

Pollet Charlotte

Asiathèque

14,50
2 mars 2019

Professeure de philosophie dans un lycée transalpin de prestige, Charlotte Pollet décide d'échapper à la routine en se lançant un nouveau défi : aller étudier les mathématiques, à Taïwan, en chinois. Cela n'a rien d'impossible pour cette jeune fille boulimique de travail qui a étudié l'histoire des sciences, le sanskrit et se débrouille en mandarin. Pourtant, les difficultés vont s'accumuler, à Paris d'abord, puis dès son arrivée sur l'île. Outre la nécessaire adaptation à un nouvel environnement, les difficultés administratives, l'apprentissage intensif de la langue et la somme monstrueuse de travail qu'on lui demande, Charlotte doit se battre contre un système éducatif, une façon d'apprendre, une manière d'étudier qui lui sont totalement inconnus. Entre deux typhons, un mariage et une grossesse, difficile pour la jeune fille de rester zen.

C'est avec beaucoup d'humour que Charlotte Pollet nous raconte les tribulations d'une étudiante française à Taïwan. On rit bien sûr de ses déboires mais surtout on admire cette jeune fille brillante et volontaire qui plie parfois mais n'abdique jamais. Confrontée à une vision de l'enseignement totalement différente, isolée parce qu'étrangère, elle se retrouve démunie comme si tout son bagage intellectuel, sa somme d'expériences en tout genre étaient réduits à presque rien dans ce nouveau monde où les prédictions d'un Dieu ont plus de poids que ses diplômes. Perdue au point d'en perdre son latin, son mandarin et même son algèbre, elle se rend compte que si 2+2 font toujours 4 partout dans le monde, la façon d'arriver au 4 change du tout au tout sur la belle Formose. Mais Charlotte est une battante, elle finira par apprivoiser aussi bien son lave-linge, ce fourbe qui ne parle que chinois ou japonais, que les cours du professeur Wang dont les métaphores fondées sur la soupe de nouilles au bœuf ont de quoi laisser perplexe.
Un rendez-vous en terre inconnue réussi pour ce récit drôle et enlevé qui raconte un pays méconnu et le parcours hors normes d'une battante aussi brillante qu'elle est humble. Une très belle découverte que je dois à Pascaline et à L'Asiathèque que je remercie vivement.

La transparence du temps
23,00
1 mars 2019

À l'approche de ses 60 ans, Mario Conde broie du noir, il sait bien que rien ne pourra arrêter la course du temps qui va faire de lui un vieillard bougon, ressassant ses envies avortées d'écriture. Pourtant, c'est d'un pas encore allègre qu'il se lance dans une nouvelle enquête. Contacté par un ancien camarade de lycée, l'ex-policier, reconverti en vendeurs de livres et détective à ses heures perdues, accepte d'aider ce visage du passé qui a beaucoup changé. Roberto Roque Rosell, adolescent coincé et moqué pour ses manières efféminées, est devenu Bobby, un riche marchand d'art qui affiche fièrement ses préférences sexuelles. Son dernier petit ami vient d'ailleurs de profiter d'un de ses séjours à Miami pour vider sa maison du moindre objet pouvant être revendu. Parmi eux, la Vierge de Regla qu'il tient de son grand-père catalan, une statuette de cette vierge noire vénérée à Cuba et qui selon Bobby posséderait des pouvoirs extraordinaires. Conde n'est pas homme a croire à de telles balivernes mais il est un homme d'amitié. En souvenir du passé, il part sur les traces de cette vierge qui semble semer la mort derrière elle.

Où l'on retrouve Mario Conde à la poursuite d'une vierge venue du fond des âges. C'est l'occasion pour lui de se frotter à la corporation des marchands d'art où certains se font des fortunes en magouilles, trafics et autres usages de faux. Évoluant à mille lieues de ce monde, Conde ne peut que constater le pillage systématique que pratiquent les revendeurs organisant une fuite inéluctable des œuvres cubaines vers l'étranger. Mais ses découvertes ne s'arrêtent pas là. Ses investigations vont le mener vers les quartiers périphériques de La Havane, des bidonvilles sans eau ni électricité où vivent des clandestins venus de l'Est du pays sans autorisation officielle. Un choc pour l'ex-policier qui n'en finit pas de constater la déliquescence d'une société qui se voulait égalitaire et qui n'a su que creuser le fossé social. Mélancolique par nature, Conde ne se remet pas d'avoir surpris une misère plus terrible encore que celle qu'il côtoie tous les jours. Et ce n'est pas le départ programmé d'un de ses plus fidèles amis qui va lui remonter le moral ! Lui qui puise sa force auprès de ses complices de toujours voit d'un mauvais œil la perte d'un autre pilier de sa petite bande. Mais ce qui était avant une entreprise dangereuse et secrète se fait dorénavant au grand jour et les candidats à l'exil, toujours plus nombreux, étalent leurs projets au grand jour. Conde doit accepter que s'il a décidé de ne jamais quitter son île d'autres rêvent d'un avenir moins confiné.
Et aux aventures de Conde s'ajoutent celles de la vierge de Regla qui n'en est pas une. Arrivée à Cuba dans le maigre bagage d'un catalan qui fuyait la guerre d'Espagne, elle n'est pourtant pas espagnole.
Padura nous emmène en voyage à travers l'espace et le temps avec cette statuette qui a connu guerres et croisades, vénérée pour ses pouvoirs magiques... Encore une fois, il nous montre toute l'étendue de son talent et son savoir encyclopédique. Un excellent moment de lecture au côté d'un Conde toujours aussi attachant qui réussit l'exploit d'être drôle et mélancolique à la fois.