Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

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24 septembre 2011

C'est un petit roman qui met en exergue l'amour de Basilio pour la peinture et des hérons. Tout est construit là-dessus et sur l'opposition à la barbarie qui va faire s'abattre sur Guernica les bombes nazies. "T'as l'aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu'on s'émerveille devant un héron qui s'envole." (p.81) Mais il est aussi une représentation de ce qui a été vécu là-bas pendant le bombardement. Comment cette petite ville vivait paisiblement entre ses marchés, ses habitants qui allaient au bal, qui draguaient, qui peignaient, qui encadraient... Comment elle fut totalement détruite.

Ce qui me frappe c'est que Antoine Choplin nous décrit un jeune peintre qui ne fait que des hérons, des toiles représentatives, figuratives alors que le tableau de Picasso qui représente ce drame est une toile cubiste, déstructurée. Je ne suis pas capable de dire ce qu'il faut en tirer comme conclusion -peut-être aucune d'ailleurs-, mais ce détail m'a sauté aux yeux.

Ceci étant dit, ce livre alterne les bons passages et des moins intéressants. Antoine Choplin, par une écriture simple, directe, parfois orale décrit le quotidien de Basilio et s'attarde sur ses moments d'isolement, lorsqu'il peint. Descriptions des paysages, du héron et des questionnement du peintre :

"Basilio se dit qu'il conviendrait peut-être un jour ou l'autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s'intéresser qu'à l'âbime qui s'ouvre à l'interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.

D'ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flêche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. [...] On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent." (p.55/56)

C'est dans ces réflexions-là qu'on se dit que Basilio s'approche au moins mentalement du Maître, Picasso. Et c'est là sans doute la relation entre leurs peintures : Basilio, sans connaître celle de Picasso s'en approche au moins par la pensée (pour apporter une tentative d'explication à mon interrogation précédente sur le choix de l'auteur de prendre deux peintres totalement différents), mais n'ose pas encore franchir le pas : "Il conviendra seulement, comme les autres fois, mieux que les autres fois, mieux qu'il ne l'a jamais fait jusqu'à présent, d'ausculter ce héron du regard, avec un application parfaite, d'en cueillir quelques traits cachés, et surtout une petite lueur de vie. Et c'est tout." (p.56/57)

J'ai beaucoup aimé ces passages sur la peinture, sur les paysages, mais ils sont parfois un peu longs et manquent de couleurs, de lumière. C'est un peu terne. Ainsi en est-il aussi du bombardement de Guernica qui dure, qui dure sans que jamais vraiment l'émotion ne gagne le lecteur. Je ne saurais dire à quoi c'est dû, d'autant plus que l'écriture d'Antoine Choplin m'a plu. Beaucoup même, parce qu'avec une économie de moyens, il sait raconter une histoire, des personnage et décrire des lieux. Point d'envolées lyriques, qui peuvent être utiles ou réjouissantes parfois, mais qui ici, auraient été probablement déplacées.

Pour résumer, je dirais que j'ai une toute petite déception dans un roman qui mérite très largement d'être ouvert -et lu, bien sûr !- ne serait-ce que pour se retrouver en compagnie de Basilio lorsqu'il peint dans les marais de Guernica, dans un silence seulement perturbé par les cris des oiseaux aux alentours. Et puis, cette opposition entre ce calme complet, cette quiétude gâchée, assassinée par le bombardement meurtrier est une idée de livre qui marche formidablement bien.

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24 septembre 2011

Ce sera tout l'un ou tout l'autre : ou ce roman vous accrochera ou il vous tombera des mains ! Un roman qui alterne des débuts de chapitres classiques, qui racontent des faits avérés -du moins le pense-t-on- avec des fins délirantes, surréalistes. Certains autres chapitres, ceux dans lesquels les voix d'enfants s'expriment sont totalement irrationels, barrés. Ce qui fait dire à l'éditeur que nous avons affaire à "un texte dense, où la langue se fait schizophrène." (4ème de couverture) J'acquiesce, j'applaudis et j'opine -tout cela en même temps ? Bien sûr, tout mâle que je suis, je sais faire plusieurs choses simultanément- et je reprends donc au crédit de mon article cette définition qui colle bien à ce livre.

L'histoire va assez vite malgré le paysage désertique, la lenteur des gestes et l'inactivité des personnages. Les phrases courtes, voire très courtes imposent une lecture saccadée et rapide -enfin, pour moi au moins ! Et puis, si Carlos et Rocio ne sont pas très actifs, les enfants imaginaires eux le sont, il s'agitent pour s'inscrire de manière indélébile dans la tête de leur maman :

"... plus nous courons, plus nous creusons profondément dans son cerveau. Et nous ne cesserons pas, tout en lacérant nos pattes, pour atteindre le centre, et tout foutre en l'air au coeur même de sa cervelle." (p.72)

On attend l'inéluctable, on sent la folie monter en puissance, progressivement. Mais ici point de folie douce, drôle. Point d'actes qui font rire :

"Le monde de maman ressemble à une farce étrange, n'est-ce pas ? Mais à une farce faite aussi de douleur et de folie, et d'une peur insupportable. Dans ce qui suit, par exemple, il n'y a pas un poil de rigolade. On vous aura prévenus. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas." (p.24)

Néanmoins, grâce à une écriture extrêmement simple et accessible (à condition de se laisser porter par les délires des uns et des autres), la lecture n'est pas pesante. Elle n'est pas banale. Elle marque et ne laisse pas insensible ni indifférent. A plusieurs moments, j'ai fait un parallèle avec une lecture ancienne : Le bal des vipères de H. Castellanos Moya (écrivain salvadorien), un livre lu il y a 3 ans et qui me reste encore en mémoire assez fortement. Mais contrairement au livre salvadorien -désolé pour la concision de l'article que je lui ai consacré, c'était au tout début de mon blog, j'étais encore jeune et peu disert-, il n'y a dans Chiens féraux aucune critique ou métaphore de la dictature. L'auteur s'en explique dans un avant-propos instructif et intéressant qui le place lui, écrivain né au Chili à peine 5 ans avant la fin de Pinochet, comme un "critique auditeur", imprégné de l'histoire de ses parents et grands parents, mais qui n'a pas vécu cette période. Il qualifie son ouvrage de "longue errance, la divagation embrouillée d'un enfant un peu fou [...] Un babillage d'enfant, un gazouillis que quelqu'un croit entendre entre la poussière et le vent." (p.14/15)

Un autre roman de cette rentrée littéraire ! Puissant et original.

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24 septembre 2011

Mimine sort de l'école très tôt, de sa campagne nordiste pour venir à Paris. Elle arrive dans cette période trouble et ne comprendra jamais les enjeux, les causes ni les conséquences de ses actes. Ceux qu'elle commet pour elle-même. Ceux qu'elle commet pour aider des copains. Ceux qu'elle commet pour faire plaisir. Elle découvre alors qu'il peut être facile d'entrer dans la belle société de l'époque sans vraiment se compromettre -du moins le pense-t-elle. Tout brille, tout est artifice, mais tout attire : les belles tables, le champagne, les robes, ...

"Et c'était un peu ma vie résumée : j'étais concierge et pourtant, par hasard, je me retrouvais au milieu des gens les plus importants de Paris." (p.149)

Le lecteur est dans la loge de Mimine et vit la guerre par ses yeux innocents. Un bon moyen pour se rendre compte du quotidien des Parisiens pendant cette période difficile. Il est assez simple 50, 60 ou 70 ans après de prendre une position manichéenne entre le bien (les bons Français résistants) et le mal (les mauvais Français collaborateurs). Il y en eut certes, mais la plus grande partie de la population fut sans doute moins aisément classable. Il fallait bien penser à s'en sortir, à aider ses proches. Mimine, c'est cela. Elle agit au quotidien, pas toujours légalement, elle chaparde, s'approprie des objets ne lui appartenant pas, mais en d'autres temps et d'autres lieux elle eut fait de même : elle n'a point d'opinion politique, notamment sur les juifs et ne sait d'ailleurs même pas ce qu'est un juif. Loin de moi l'idée de dire que les dénonciations de juifs, les brimades permanentes des gens qui portaient l'étoile étaient excusables, mais je ne suis pas sûr qu'elles furent le sport national. Certains s'y adonnèrent assûrément, d'autres ne cherchaient qu'à vivre ou survivre sans en arriver à ces recours extrêmes et inqualifiables. Dans son rôle de concierge, Mimine croisera les salauds habituels : les miliciens ou ceux qui veulent profiter de l'exode pour acquérir un logement plus grand, ceux qui veulent absolument faire du chiffre, comme ce commissaire qui lui demande de dénoncer les locataires, ceux qui profitent du marché noir pour bâtir une fortune, ..., mais aussi ceux qui ne peuvent se résigner, qui résistent à l'envahisseur. A la fin de la guerre, elle fera aussi connaissance des "naphtalinards", ceux qui, les derniers jours de guerre revêtirent rapidement "les uniformes, comme neufs, [qui] quittaient fissa les armoires" (p.238), les plus enragés à se faire justice eux-mêmes : normal, ils n'étaient pas fatigués, ils s'étaient économisé pendant l'occupation !

Gérard Landrot construit son roman à partir de détails, d'anecdotes coincés dans la grande Histoire. Beaucoup de noms de gens qui ont su profiter de cette période, "Hugo Boss qui fabriquait tous les vêtementspour l'armée allemande" (p.121), les acteurs et actrices qui n'ont pas cessé de tourner, les gars du Jeune Front, groupuscule pronazi, créé et dirigé par Robert Hersant -dont je viens d'apprendre en faisant une petite recherche sur Internet (et oui, même pour écrire mes billets, je me documente. Trop fort le Yv ! = Tournure de phrase on ne peut plus moderne en vue de me ramener du lectorat jeune et dynamique) qu'il était né dans la ville dans laquelle je vis depuis 15 ans ! Personne ici ne s'en enorgueillit. Heureusement ! "Monsieur Armand dit que ce sont des gars du Jeune Front. [...] A Jules qui s'indigne, il confie que leur chef est un petit voyou qui s'appelle Robert Hersant." (p.130)

Gérard Landrot écrit dans un langage parlé qui sied à Mimine. Un peu dérangeant au départ pour qui n'aime point ce style -dont je fais partie : l'absence systématique du "ne" de négation en est la marque la plus nette. Finalement, je me suis habitué à l'écriture, et elle s'accorde très bien avec les restes du langage, la gouaille de Mimine, la proximité des Halles de Paris avant Rungis.

Laissez-vous donc prendre par l'histoire de Mimine, par sa bonne volonté et sa joie de vivre. Gérard Landrot écrit là, la vie d'une jeune femme simple en des temps qui ne eux ne le sont point et qui peuvent briser bien des destins aussi modestes soient-ils. Un roman drôle, touchant, bouleversant qui montre une galerie de personnages pas glorieux, simplement humains, qui cherchent à vivre ou à survivre chacun selon ses convictions, ses goût ou les opportunités plus ou moins bienveillantes.

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24 septembre 2011

L'intrigue peine un peu à s'installer, les personnages principaux ne sont plus très jeunes et dégainent moins vite que les p'tits jeunots. Cependant, elle prend place sur fond de guerre d'Algérie, de France des années 60, celle dans laquelle des bidonvilles fleurissaient encore aux abords des villes. La ville ici s'appelle Arbase :

"Arbase... Elle ressemblait à une ville, avait l'allure d'une ville, ses mouvements, ses odeurs, sa vie, mais ce n'était pas une ville. Elle n'avait pas de couleurs. Agitée, retournée, par les remous des guerres de décolonisation, minée par les manques de toutes sortes, cette caricature citadine m'a vu naître, grandir, traîner dans ses jardins de déchets et de pierrailles, évoluer avec elle.

Elle possédait une mairie, une école, des commerces, un club de foot. Il lui manquait une âme pour l'unifier." (p.29)

Antonin et son ami Alvaro, ex-flic dont il a demandé l'aide se retrouvent confrontés à des gens qui entendent bien laisser cette enquête au point mort. Des gros sous ont disparu pour on ne sait quel profit : sortir le mort du fossé dans lequel il a été retrouvé ne sent pas bon du tout.

A franchement parler, je ne peux pas dire que je me sois vraiment laisser captiver par cette histoire : ni désagréable, ni emballante, j'avoue que je me suis un petit peu ennuyé. Et pourtant le contexte me plaisait bien. C'est sans doute la construction du roman qui m'a gêné : des flash-backs, des informations données au compte goutte, distillées parcimonieusement. Un puzzle un peu difficile à reconstituer : je n'ai jamais été bon à ce jeu, déjà les puzzles dix pièces lorsque mes enfants étaient petits, ça m'agaçait !

L'écriture oscille entre classique et argot, phrases courtes plutôt, sans vraiment de chichis.

J'aimais bien le titre pourtant, ce prénom désuet m'attirait. Dommage.

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13 septembre 2011

Voilà donc le tome deux des aventures du commissaire Garon, la suite de La jeune chair. Le moins que l'on puisse dire c'est que Garon prend de l'épaisseur, ainsi que l'enquête et le contexte. L'avertissement d'avant roman est plus que jamais de rigueur : "Les personnages que ce roman met en scène sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne peut être que fortuite." Parce qu'en fait entre un ex-ministre mort accidentellement, Warth -et non pas Woerth, qui je vous le rappelle n'est pas mort. Bon peut-être politiquement, mais pas physiquement. Et encore, dans notre société, peut-être peut-il ressusciter en politique ?-, un ministre de l'Intérieur Dominique Galarzot, grand homme cultivé, à la crinière blanche -mais non pas D. Galouzeau De Villepin !- un Président Balkücy -non, non, pas Sarkozy- et une vieille dame qui donne de l'argent aux gens en place du parti l'Union des Conservateurs de Progrès (sic) et qui se nomme Mme Guyancourt -là non plus, point de Bettencourt- eh bien, tout tourne autour de personnages fictifs donc, mais qui ressemblent un peu à ceux qu'on ne connait que trop !

Saint-Luc ne fait donc pas preuve d'imagination dans ses personnages, mais je ne suis pas sûr qu'il en fasse beaucoup plus pour son intrigue : entre magouilles, fric qui finance les partis politiques illégalement, hommes politiques qui cherchent la faille de l'adversaire -qui peut être un ami de trente ans, du même parti- pour pouvoir si possible l'anéantir -le mot n'est pas trop fort. Chacun joue pour soi dans ce monde où l'on ne réussit pas sans argent, sans soutien.

Le commissaire Garon nage dans ce milieu aux eaux plus que troubles. Comme lors de sa précédente enquête, il ne s'embarasse pas de principes : d'ailleurs sa hiérarchie lui a donné carte blanche. Il en profite. Et si ses méthodes peuvent parfois être discutées, il faut bien dire qu'elles sont efficaces.

Comme je le disais plus haut, il prend de l'épaisseur, une légitimité qu'il n'avait pas dans le premier opus, peut-être un peu léger, une esquisse de ce qu'il devient là. Et puis, Saint-Luc nous fait les présentations avec Mme Garon, un passage rapide, certes, mais on en apprend un peu plus sur le personnage. Certains des actes qu'il commet pourront choquer ou faire grincer des dents : on est parfois à la limite de faire pire que ceux qu'on veut coincer, mais bon, ce n'est que de la littérature policière. Pour ma part, je l'aime bien ce Garon aux méthodes contestables qui est loin d'être un flic lisse, inodore et sans saveur.

Très direct, il pousse ses réflexions sur tous les sujets, la politique, évidemment, mais aussi, lui l'adepte d'une monarchie à l'anglaise se permet de renvoyer dos à dos les tricheurs, magouilleurs et les donneurs de leçon bien-pensants qui dénoncent sans faire avancer le schmilblick.

Saint-Luc n'est pas politiquement correct et c'est tant mieux ! Du moins dans ses écrits, le reste, je ne sais pas ! Il surfe sur l'actualité -on ne peut plus, puique une histoire du même acabit ressurgit en ce moment !- pour le plus grand bonheur de ses lecteurs qui peuvent même comprendre par quels moyens certains de nos dirigeants arrivent au pouvoir. Attention, loin de moi l'idée de crier : "Tous pourris", je ne le crois pas et je vote depuis mes 18 ans sérieusement et consciencieusement pour justement participer à l'élection de ceux que je crois honnêtes.

Bon trève de digression, passons au final : lisez le commissaire Garon, parce que c'est bien, parce que c'est bien écrit (y'a même des imparfaits du subjonctif, c'est dire si c'est bien !), parce que ça fourmille d'anecdotes et de références littéraires. Même si vous n'avez pas lu le premier, vous pouvez attaquer par celui-ci sans problème (c'est mieux même).