Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

18,00
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13 février 2012

Tout passer par le prisme d'un enfant permet de dédramatiser, de mettre de l'humour, du sourire là où un avis d'adulte appesantirait le message. L'écueil, c'est de paraître un peu lisse, un peu trop léger et c'est vrai que malgré des situations lourdes, comme dans son roman précédent, Gilles Paris écrit un roman optimiste ; mais l'optimisme ne signifie pas forcément légèreté. Pour ma part, étant persuadé que le rire ou le sourire voire l'optimisme permettent de faire passer autant voire plus de messages que la noirceur ou la tristesse, j'avoue m'être plusieurs fois interrogé sur telle ou telle situation décrite par l'auteur. Dois-je revoir parfois la hiérarchie de mes priorités quotidiennes ? Et si je tentais moi aussi de voir mes pratiques par l'oeil des enfants présents chez moi, qu'est-ce que cela pourrait changer ? En outre, je peux sans souci m'identifier à Paul étant moi-même père à la maison et donc astreint aux mêmes contingences quotidiennes, aux mêmes tâches et devoirs mais aussi et surtout aux mêmes plaisirs de pouvoir profiter des enfants, grands et petits pour moi.

Jan Thirion

Atelier in8

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13 février 2012

Selon l'éditeur, une microfrition "c'est une histoire ultra courte (elle tient sur une carte postale) pleine de malice, voire de l'humour grinçant". C'est donc un recueil tout à fait original que j'ai ouvert récemment : des histoires écrites sur de vraies cartes postales illustrées. C'est vraiment très bien. D'abord parce que le texte est comme le dit l'éditeur drôle et grinçant, mais aussi décalé, pas banal, construit comme une nouvelle avec une chute réduite à une phrase ou un mot. Ensuite, les illustrations sont très différentes les unes des autres : certaines un peu kitsch, d'autres plus modernes, actuelles, drôles, enfantines ou pour adultes, ... Et enfin, pour peu que vous ayez des enveloppes, eh bien vous pouvez en faire profiter belle-maman, un enfant, une vieille tante ou encore un(e) fiancé(e) ou toute autre personne de votre choix. Il y en a pour tous ! Voici, juste pour donner envie -et peut-être deviner les futurs heureux destinataires de vos missives- les premières phrases de 5 microfrictions :
"Je ne sais pas si je suis un vrai con ou si je fais ça pour le bonheur des gens."
"Je suis arrivé à l'usine avec le fusil. J'ai l'intention d'en finir avec Gégé."
"Je n'ai pas envie de ma foutre en l'air sur la Harley."
"Depuis que je pratique l'escalade, je n'ai de pensée que pour la fermeture éclair."
"Chaussettes humides à la main, je me tire à toute vitesse avant que les flics ne rappliquent."

par
13 février 2012

Riika Pulkkinen a une trentaine d'années et fait preuve d'une sorte de sagesse, au moins d'une grande observation des siens ou d'une étonnante maturité pour résumer ainsi en quelques phrases bien senties ce qui peut faire l'objet de discussions interminables. Étudiante en littérature et philosophie, son cursus l'a sûrement aidée à construire et écrire sa réflexion pour le plus grand plaisir du lecteur.

Mais elle sait aussi se laisser aller et son livre est empli d'expressions, de paragraphes étonnants, quasi surréalistes, très poétiques à propos des animaux, des hommes, de l'amour, des fleurs, de la nature : "Derrière la fenêtre les racines des fils de la vie ont peut-être déjà commencé à s'accrocher à la terre. Les pommiers en fleurs, leur éclat innocent, un peu étonné de soi-même, comme une communiante qui aurait pour la première fois passé une mini-jupe et compris qu'elle la rendait attirante. Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait." (p242) J'aime beaucoup l'image de cette communiante en mini-jupe, qui arrive dans cette phrase par le biais d'une image totalement improbable, mais je confesse, mon père que ça doit être mon côté pervers qui fait des siennes ! Ceci étant, c'est pas moi qui aie commencé, c'est Riika !
Tout cela pour dire que lorsque vous aurez entamé la lecture de ce roman (car je ne doute point que vous le ferez), vous risquez bien de ne pouvoir vous arrêter, charmé(e)s que vous serez par le mélange de Riika (maintenant qu'on a parlé de la communiante, je me permets de l'appeler par son prénom) : entre observation des liens amoureux et familiaux très réalistes, digressions oniriques et réflexions justes et clairvoyantes. Bonne lecture de ce très bon roman nordique et qui en plus réussit l'exploit de n'être pas un polar !

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13 février 2012

L'auteure réussit en peu de pages à décrire ses 4 personnages principaux (Lil et Roz et leurs fils, Ian et Tom), à instaurer des liens tenaces et indéfectibles entre eux. Même les relations entre mère/fils, garçons/femmes, garçons entre eux et mères entre elles sont suggérées plus que franchement dites, mais aucun doute ne subsiste, le lecteur sait vraiment à quoi s'en tenir. Un rien poétiquement, Doris Lessing aborde des questions aussi tendues que l'identité sexuelle, l'identité tout court, l'amour filial, la reconnaissance envers ses parents, ...
Quels personnages ! Je pourrais même écrire : quelles grands-mères !

Car bien sûr c'est d'elles dont il est le plus question, elles qui dirigent leurs vies et celles de leurs garçons. Des maîtresses-femmes. Oedipe n'est pas loin, qui traîne quasiment dans toutes les pages. Et encore cette prouesse de l'auteure qui en quelques mots raconte la vie de Lil et Roz. On a l'essentiel et point de superflu, loin de ces sagas qui traînent en longueur et qui au final apporte moins qu'un livre comme celui-ci. Parce qu'en plus, Doris Lessing ajoute des paragraphes sur divers sujets comme par exemple la beauté. J'aime beaucoup l'extrait qui suit dans lequel elle parle de Ian et Tom : on peut ne pas être en accord, mais il est tellement bien écrit :
"La beauté des jeunes gens, bon, ce n'est pas si simple. Les filles, oui, pleines de leurs oeufs appétissants, nos mères à tous, c'est normal qu'elles doivent être belles, et d'habitude elles le sont, ne serait-ce même qu'un an ou un seul jour. Mais les garçons, pourquoi ? A quelle fin ? Il y a un âge, un âge éphémère, vers seize, dix-sept ans, où ils ont une aura poétique. On dirait de jeunes dieux. [...] Ils n'en ont souvent pas conscience, se faisant davantage l'effet de paquets mal ficelés qu'ils essaient d'empêcher de se défaire." (p.34) (Ah, comme ils sont loin les temps de mon aura poétique ! J'en suis maintenant au charme des tempes grisonnantes voire grises.)
Un roman absolument passionnant et dérangeant, "décapant sur les non-dits et la dissimulation" est-il écrit sur la 4ème de couverture. Je suis vraiment bluffé par la concision de ce roman et le nombre de questions qu'il aborde, l'air de rien, presque légèrement. Évidemment, je suis tenté par le reste de la production de Doris Lessing, mais j'ai peur d'avoir commencé par le meilleur.

Gribouillis livre + cd

Pascal Ayerbe

Enfance et Musique

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13 février 2012

Pascal Ayerbe fait de la musique avec des jouets, des objets détournés de leur usage premier : objets de la maison pour la plupart. Marion Bouillie fait la même chose mais dans l'illustration des chansons du "gribouilleur sonore". Ce qui donne un livre + CD original.
Les "bidouillages visuels" sont colorés, drôles, bien mis en scène, parfois sur fonds blancs, parfois sur des fonds dessinés. Beaucoup d'idées bien exploitées.
Les musiques sont du même tonneau. Je connaissais déjà cet album de Pascal Ayerbe, mais un peu différent. Là, il ajoute des voix d'enfants qui discutent, racontent des bêtises, des histoires à ces mélodies. Le résultat plait aux deux petits de la maison (7 et 9 ans) surtout l'air qui reste bien dans la tête : P'tit vélo ("Moi, j'ai un p'tit vélo, qui fait d'la musique")
Les deux adolescents ne goûtent point ce genre de musique, plutôt versés dans des choses plus "adultes".
Les deux grandes personnes aiment bien. En fait, moi, j'adore. Bon, je préfère lorsque les enfants se taisent (d'ailleurs à la maison, ils ne parlent que s'ils ont levé le doigt et s'ils en ont eu l'autorisation. Non, mais !). Mais je suis dans une période où j'aime écouter de la musique seule, sans paroles. L'idée est originale et le résultat souvent beau et toujours mélodique. Loin des standards actuels, et tant mieux !