Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

par
30 juillet 2021

La région des houillères, il y a quelques années, a vu sa population fondre suite à la fermeture des mines. Ceux qui sont restés vivent du chômage et de l'entraide. Un groupe de gamins joue régulièrement au foot dans une mine abandonnée avant d'en être chassé par le nouveau propriétaire. Icelui n'honore pas son engagement et laisse tout à l'abandon, les gamins y reviennent et trouvent un terrain idéal pour y jouer. Les parents, souvent les papas, d'abord hostiles -trop de mauvais souvenirs-, mais bien boostés par les mamans, commencent à s'intéresser au terrain de jeu de leurs fils.

Zampano scénarise cette bande dessinée et Jack Domon la dessine.

Même si je ne suis pas le football et que peu m'importent les résultats de telle ou telle équipe ou de tel ou tel joueur, j'ai apprécié l'ouvrage qui parle davantage d'entraide, de la force collective d'un quartier. Les notions d'individualisme, de compétition perpétuelle sont ici laissées de côté pour la jouer groupe. Bine sûr, il y est question de football, mais ce sont des jeunes gens qui ne jouent que pour le plaisir -et gagner aussi-, ils sont amateurs et ne drainent pas avec eux toutes les scories du football professionnel : argent, dopage, triche...

Et vu que l'album se finit avec un "fin de l'épisode", je me dis qu'une suite est sans doute en préparation.

Françoise Pirart

Ed Du Sablon

13,00
par
30 juillet 2021

Mis à part un ou deux trucs qui me gênent dont un que je ne peux pas révéler puisqu'il nuirait à la tension et à la construction du roman qui sert cette tension, j'ai été surpris et happé par cette fuite en avant dont je me disais tout au long de ma lecture qu'elle ne pouvait que mal finir tout en espérant l'inverse. L'autre truc qui me gêne un peu, c'est que le texte n'est point exempt de longueurs, de situations un peu répétitives qui auraient gagné à de la concision.

Françoise Pirart avance par petites touches, évoque cet acte grave commis par les deux frères de la même manière, en retours en arrière courts et en allusions au fait dans les discussions entre Sylvain et Erik. L'on devine, l'on perçoit mais ce n'est qu'à la fin que l'on sait véritablement ce qu'il en est. C'est très bien fait et si l'on n'est pas dans un polar, le suspense est tout de même présent et maintient le lecteur en haleine jusqu'au bout. Belle écriture, simple et fluide qui s'attarde sur les deux garçons sans oublier de parler des paysages qui les entourent et des personnes qu'ils rencontrent. C'est un roman assez dense qui aborde des questions comme la filiation, la fraternité, l'amour inconditionnel des parents envers leurs enfants, la liberté, les épreuves pour l'acquérir lorsque le début de la vie est parsemé d'embûches... Les grands espaces canadiens, loin des grandes villes, se jouent admirablement le rôle de contexte un peu angoissant mais aussi apaisant et ressourçant si tant est qu'il soit possible à Erik et Sylvain de se ressourcer.

La Boîte à Bulles

22,00
par
30 juillet 2021

Oscar est un artiste sulfureux mais aussi un manipulateur. Entouré de sa bande de souffre-douleurs : Antoine l'ami (?) jaloux, Barbara sa petite amie qu'il rabroue sans cesse et dont Antoine est amoureux, Hervé qui va toujours dans le sens du leader et Mathilde, la souffre-douleur préférée, celle sur qui Oscar aime se passer les nerfs. Il y a aussi Anna, la voisine qu'Oscar a aimé et laissé tomber mais qui ne compte pas abandonner facilement.

Bande dessinée en noir et blanc très particulière à tous niveaux. D'abord l'encrage qui, très noir, laisse parfois davantage deviner les silhouettes que reconnaître les personnages à leurs traits. C'est un parti pris audacieux qui peut rebuter notamment dans les premières pages mais qui au fur et à mesure participe à la tension et à l'ambiance glauque de l'histoire. Ensuite justement, cette histoire de manipulation sur fond de rapports de domination, d'humiliation. Perversité et sadisme dans le monde de l'art contemporain. Qui pose évidemment la question des limites de l'art, jusqu'où l'artiste peut-il aller ? Doit-il respecter certaines limites liées aux us, aux tabous ? C'est une bande dessinée qui met mal à l'aise, un thriller psychologique entre des personnages qui aiment se détester et qui ne peuvent pas vivre sans cela. Dérangeant et perturbant, donc à lire forcément ; à réserver aux adultes.

2. Chaplin prince d'Hollywood

2

Rue de Sèvres

17,00
par
30 juillet 2021

1919, Hollywood, Charlot est très célèbre et il va de triomphe en triomphe. Pour Charlie Chaplin, c'est autre chose : il sort tout juste d'une accusation de pantoufler aux États-Unis pendant que les jeunes Britanniques se battent dans les tranchées, et sa vie sentimentale, son amour des jeunes femmes lui causent d'autres soucis. Son premier mariage se solde par un divorce qui lui coûte cher. Charlie Chaplin doute, c'est son frère Sydney qui lui remonte le moral et le pousse à continuer à écrire pour Charlot. C'est dans les années qui viennent qu'il va produire ses plus grands films.

Toujours aussi bien cette BD. Tome 2 d'une trilogie qui n'évite pas les faces moins glorieuses de Charlie Chaplin et notamment son goût des jeunes femmes qui n'a pas trop nui à sa réputation (il a beaucoup donné de son argent pour faire taire ses ex) et qui, aujourd'hui lui ferait sans doute beaucoup plus de mal. Les deux auteurs (Laurent Seksik au scénario et David François au dessin) en parlent beaucoup, de même qu'ils évoquent les doutes de Chaplin notamment au passage au cinéma parlant, son ambition, sa volonté de toujours se dépasser. C'est drôlement bien fait, bien documenté et ça donne envie de (re)revoir les films de Chaplin, même s'ils sont connus, vus de multiples fois, sans doute pour ma part, ceux que j'ai vus les plus grand nombre de fois.

Corina SABAU

Belleville Éditions

16,00
par
30 juillet 2021

Court roman écrit comme une plongée dans la tête de l'héroïne où l'on aurait accès à toutes ses pensées, ses conversations, ses peurs, ses doutes, ses fatigues... Ça va vite, ça peut partir un peu dans tous les sens au risque de se perdre, il faut beaucoup comprendre entre les lignes. Pas de répit donc pour lire la vie de cette femme qui n'en avait pas beaucoup non plus. Elle tente bien de trouver du réconfort et de l'amitié avec ses collègues, mais les ordres et les hommes ne sont jamais loin. La vie qui pousse en elle alors que son mari ne veut pas d'autre enfant, un cela suffit bien, la pousse à envisager le pire. Et dans ce pays et dans ces années-là, c'est une voie qui peut mener à la mort.

La langue de Corina Sabău peut dérouter, surprendre. Ce court texte demande un peu d'attention et de prendre son temps. Il y a pas mal d'allusions à l'époque et au pays et les notes en fin d'ouvrage sont bien utiles ainsi que l'avant-propos de Florica Courriol, la traductrice. Et comme toujours chez Belleville, la couverture est signée d'un(e) artiste du pays, ici, la roumaine Alina Campean.

"Impossible de me rappeler si c'est elle qui a dit ça -nous avons pourtant si souvent partagé la même table de travail- ou si ces pensées ont jailli de moi, comme à chaque fois que je me souvenais d'elle. J'avais pourtant trouvé une dizaine de bonbons chinois au fond de ma sacoche, j'étais contente, ravie, j'avais le sentiment de ne pas avoir perdu ma journée. Sonia serait si heureuse, je la voyais déjà courir, fière, vers son père : regarde ce que maman m'a apporté, la prochaine fois ce sera du Nutella, oui je te jure, et si c'est pas vrai, tu me laisseras faire des tours d'escalator à Victoria ? promis, juré !, de quoi raviver notre complicité avec ces sucreries orientales..." (p. 11)