Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La Diablesse dans son miroir
par
21 mai 2021

Dire que lorsqu'on ouvre un roman d'Horacio Castellanos Moya, on entre dans un livre plein de surprises est un euphémisme. De Le bal des vipères à La servante et le catcheur, en passant par Effondrement, pour les trois que j'ai lus, à chaque fois, je suis conquis. Cette fois-ci, après l'assassinat, c'est Laura, décrite fort justement en quatrième de couverture comme "cancanière, hystérique et jalouse" qui tient toutes les promesses de passer un excellent moment. Le livre est court (150 pages en version poche) et heureusement, car il est dense. C'est le discours d'une femme blessée qui au petit à petit va apprendre que son amie n'était peut-être pas la bonne épouse et commerçante qu'elle voyait tous les jours. Elle est inarrêtable, son flot est rapide, quasiment sans pause, elle passe du coq à l'âne comme on peut le faire dans une conversation, mais elle en artiste de haut vol. Heureusement, on peut faire des pauses pour ne pas se noyer, mais pour reprendre vite là où elle s'est arrêtée -si tant est que Laura s'arrête de parler lorsqu'on pose le livre, je la soupçonne de continuer.

C'est méchant, drôle, ironique, acide, d'une justesse incroyable : on se voit en face de Laura à l'écouter, enfin, à l'entendre serait plus précis. Horacio Castellanos Moya égratigne la classe politique sud-américaine des années 90 pourrie de l'intérieur tant par les luttes pour le pouvoir que par ses rapports avec les trafiquants de drogue et la bonne société salvadorienne des mêmes années qui ne pense qu'à consommer, à profiter de ses richesses sans voir la pauvreté qui l'entoure.

"Dieu du ciel, regarde les tronches de ces types. Et cet épouvantail, d'où sort-il ? regarde celle-là en minijupe, on dirait qu'elle vend de la cellulite. Les gens n'ont plus aucun sens du ridicule, ma belle ; la règle, c'est le laisser-aller. La plage était très belle : déserte, à marée basse. Ce qu'il y a de bien en semaine, c'est qu'il n'y a pas la populace. Le week-end, c'est insupportable : toute la racaille d'El Majahual envahit San Blas. Que des voleurs et des putains ! Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas clôturer la plage ; c'est ce que dit mon père. Quand on a sa maison en face de la mer, on doit supporter tous ces voyous qui passent leur temps à chercher quoi voler, qui attaquer." (p.83/84)

C'est tout du long comme cela : prévoir une grande inspiration avant d'entamer le livre, un peu comme lorsqu'on plonge dans l'eau - enfin, j'imagine, je ne plonge jamais, je ne sais pas nager -, et n'oubliez pas de remonter de temps en temps reprendre de l'air ; attention à l'ivresse des profondeurs.

Maurice Attia

Jigal

19,00
par
21 mai 2021

Retour de Paco Martinez après La blanche Caraïbe, deux ans plus tard. Le lien entre ces histoires est l'extrême qu'elle soit de droite ou de gauche, qui prône la violence et qui ne recule pas devant la mort d'opposants ou supposés opposants. Ces extrêmes qui sont parfois enfouies et resurgissent dans les moments difficiles, parce qu'il est plus facile de trouver un coupable à tout ce qui va mal.

Ce roman est un peu déroutant car on a davantage l'impression de trois nouvelles qui se suivent et peuvent se croiser à certains moments, mais somme toute c'est une bonne idée de l'avoir bâti ainsi, car l'autre construction aurait pu être une alternance des histoires dans des chapitres qui m'aurait sans doute perdu. Si je me souvenais un peu de l'enlèvement d'Aldo Moro - j'étais jeune mais c'était un événement important -, je ne connaissais rien du retranchement des Liguistes antisémites en 1899. Retranchement qui générera l'expression "un fort chabrol". On est en pleine affaire Dreyfus, la révision de son procès à Rennes, qui divise les Français.

Maurice Attia est fort bien documenté et rend les événements dont il parle très vivants par l'intermédiaire de ses deux personnages principaux, Paco et Irène, chacun travaillant séparément. Une fois encore la fiction permet de parler de la réalité et pas forcément la plus glorieuse, d'instruire les lecteurs, de leur rappeler que le pire n'est jamais loin et que même en se dédiabolisant - quel vilain terme -, en usant de techniques de communication éprouvées, les extrêmes restent les extrêmes qui prônent la haine, le repli sur soi, la peur d'autrui surtout s'il n'a pas la même culture ou la même couleur de peau. Mais tout cela est plus finement et plus joliment dit par Maurice Attia.

par
21 mai 2021

Roman choral dans lequel toute l'histoire se dévoile petit à petit et à travers tous ses personnages. Adriana, emplie d'une colère qu'elle parvient à dominer à force de volonté. Adriana la froide, la femme dure avec elle et avec les autres, qui a vécu l'horreur et ne vit qu'avec l'espoir de se venger. Nina, sa patronne, psychologue, alcoolique, femme qui ne supporte plus son mari, sa vie, elle-même. Stefan, avocat, père et mari absent, à la vie millimétrée, organisée, rigoureuse. Mathilde, la petite fille délaissée, capricieuse et terriblement seule. Doriana et Mihai qui adorent leur petit-fils Cosmin qui le leur rend bien et qui ont du mal à se faire à son départ, fut-il temporaire. Et Gaston, l'amoureux, tendre et patient qui ne parvient pas à comprendre les réactions et les silences d'Adriana. Toutes ces personnes sont tour à tour les mains avec lesquelles ce roman s'écrit, Adriana étant la personne autour de laquelle tout s'articule. Mis à part Gaston et Cosmin et les grands-parents, ils sont à un moment tous agaçants et attachants. Qu'ils montrent ou pas leurs fêlures, leurs faiblesses. Tous révèlent leur personnalité, parfois la plus profonde dans ces journées particulières, leurs peurs, leurs questionnements, leurs doutes. Pour certains, la pente sera difficile à remonter, pour d'autres ça semble mieux engagé.

J'aime bien cette alternance des personnages qui donne des vues différentes d'une même situation et de la personnalité de chacun. Verena Hanf écrit simplement, son texte est fluide et tout se déroule admirablement. L'on aurait pu se contenter de ce qui se présente au début comme des tranches de vies qui s'entrecroisent, mais elle y ajoute un petit truc, une tension qui monte doucement et l'on subodore, l'on attend le fait, le moment où tout risque de basculer pour l'un ou plusieurs d'entre eux. Et comme ils sont bien sympathiques, l'on espère que ce ne sera point trop grave.

Un très beau roman avec des personnages fictifs tellement réels. De ceux qui laissent des traces dans les têtes des lecteurs, durablement. Et quel beau titre tant on a l’impression qu’ils avancent sur un fil.

20,00
par
21 mai 2021

Leerbeek, village proche de Bruxelles, Messidor an II (juin 1794), les troupes françaises arrivent en masse. Séverin et Clémence, quinze ans, s'aiment, mais leur histoire aura du mal à résister aux conséquences de l'occupation française. La France qui impose la laïcité, la prédominance de l’État sur Dieu, ce que nombre d'habitants n'acceptent pas et notamment le curé Winnepenninckx. Ils se réunissent et forment ce que l'on appellera plus tard les Stevenistes, de Corneille Stevens, l'un des fers de lance de l'opposition.

Juillet 1995, Leerbeek, Sébastien, correspondant local du journal flaire le bon coup lorsqu'il réussit à suivre et même devancer les forces de l'ordre dans la traque d'un tireur fou.

Même si le roman finit par l'histoire de Sébastien à la fin du siècle dernier, la plus grosse partie se déroule pendant la Révolution française. Si Alain Guillaume est très documenté sur le stévenisme - religion qui a réellement existé et dont il reste quelques adeptes encore par-ci par-là - et s'il est très instructif, c'est parfois long et pas très palpitant à lire. Sans doute trop d'informations à retenir au détriment de l'histoire ? Le roman historique est un subtil mélange entre les apports historiques et la fiction, et là le mélange est trop riche en apports ou la fiction pas assez captivante. Ceci étant, je suis allé au bout du livre et bien m'en a pris, car la fin, dans l'année 1995 est davantage à mon goût, plus équilibrée et flirte avec le polar.

Décidément, je ne sais pas si c'est le centenaire de la mort de Napoléon qui fait cela, mais ça fait deux livres coup sur coup qui tournent autour de lui. L'époque se prête sans doute à de multiples intrigues.

Le soldat d'étain assassiné, Les enquêtes du capitaine Sabre

Les enquêtes du capitaine Sabre

valérie valeix

Palémon

11,00
par
21 mai 2021

Deuxième enquête du capitaine Sabre, passionnante, documentée et malgré les plus de 600 pages - en format poche - jamais longue. Valérie Valeix nous plonge dans l'action dès le tout début pour nous la faire quitter à la toute fin. Son histoire est vive, dynamique, son texte émaillé de mots ou expressions de l'époque, expliquées dans les nombreux renvois de fin de page, de même que tel ou tel personnage évoqué ou rue de Paris. Elle arrête même parfois l'histoire sur une évocation d'une bataille pour nous l'expliquer en quelques paragraphes, en aparté. Pas sûr que je retienne tout, mais je trouve le principe intéressant et enrichissant, je suis loin, très loin d'être un spécialiste de Napoléon !

Jérôme Blain est sympathique bien qu'un tantinet impulsif, heureusement Dominique Larrey - qui a réellement existé et qui est connu comme étant "l'inventeur" des ambulances et des services d'urgence - est là pour tempérer et canaliser son ami. Ils vont se mettre en danger, soupçonner jusqu'au plus haut de l'état, faire de belles et moins belles rencontres, tout cela dans un rythme rapide qui ne leur laisse qu'à peine le temps de se restaurer - mais bon, quand même, ils ne résistent pas longtemps à la cuisine de Catherine, la cuisinière de Larrey. Voilà donc une nouvelle série de polar historique fort bien menée, instructive - j'ai appris que l'on devrait parler de la bataille de Mont-Saint-Jean - Waterloo étant le nom imposé par les vainqueurs, et plein d'autres trucs sur l'époque. S'instruire en se distrayant, c'est quand même l'idéal. Avis aux amateurs de très bons polars historiques, Les enquêtes du capitaine Sabre sauront vous plaire et en plus, c'est le numéro 2, il n'est donc point trop tard pour commencer la série dès le début.