Conseils de lecture

Folio

9,20
par (Libraire)
30 août 2015

Rêve de fer est avant tout un livre dans le livre : passée l'introduction, on trouve la page de titre du livre Le seigneur du Svastika, livre qu'aurait écrit Hitler si, écœuré par la défaite allemande de 1918, il avait émigré aux États-Unis et y était devenu un écrivain de SF à succès.

Le livre est difficile à lire, non pas parce qu'il est mauvais, mais parce que l'auteur a très bien su se placer dans la tête d'Hitler. On assiste à des descriptions à n'en plus finir de défilés de SS, flamboyants dans leurs uniformes de cuir, ainsi que de batailles sanglantes, écœurantes, mais qui semblent délectables pour le personnage principal dont on suit le point de vue à la première personne. On ne compte pas non plus le nombre de fois où le mot « pur » et ses dérivés apparaissent.
Le scénario en lui-même tient bien de la SF : le monde est un univers alternatif, où, au début de l'histoire, l'essence est rare et la meilleure technologie reste la machine à vapeur ; l'ennemi est ici une peuplade de mutants et de « Doms », créatures capables de soumettre à leur volonté les personnes proches d'eux. On fera les analogies qu'on voudra. Plus loin dans le roman, la folie prend le pas dans la rédaction, et on part dans des délires de clonage et autres avancées technologiques encore (presque) impensables à notre époque.
Pour conclure le livre, une (fausse) postface explique ce qu'est vraiment le monde dans lequel a été écrit le roman, ainsi que la vie de l'auteur. Elle est finalement la véritable chute de l'histoire, et rien que pour en arriver à ce passage, la lecture vaut le coup.

Ce livre est laborieux à lire et laisse derrière lui un gros malaise, mais il est avant tout une dénonciation du nazisme. On en sort retourné, écœuré, et c'est justement le but voulu. Roland Wagner, dans sa (réelle) introduction, le dit très bien lui-même : il agit comme un vaccin et permet de prendre conscience du terrifiant lavage de cerveau et de cette épouvantable implantation de mèmes de haine qui ont eu lieu en Allemagne.


roman

Bartillat

18,25
par (Libraire)
17 juin 2015

Ivan Bounine, le slavophile réaliste

« Ce n’était pas, semblait-il, sa maladie qui le déprimait ainsi, mais bien plutôt le spectacle de l’immense misère, de la grande laideur qui, depuis des siècles, pesaient sur cette ville et sur toute la région. Seigneur Dieu, quel pays ! » lamentation extraite de Le village, prononcée par Kouzma, personnage du livre.
Découvrez les troubles de la Russie révolutionnaire sous un jour plus réaliste que la réalité même.
Bounine nous plonge au cœur de la campagne, au sein de la société russe encore féodale. Les rumeurs du vent nouveau venant de Moscou et de la ville se font entendre au village. La tempête commence discrètement à prendre vie au cœur de la Russie centrale bien connue de Bounine mais elle n'éclate pas encore au moment de son récit, qui prend place après 1905. Le village est publié en 1910.
Ne vous méprenez pas : la Révolution comme fait historique court toujours, mais en arrière plan. Elle défigure la Russie du XX ème siècle et Bounine en la dénonçant défigure à l'aide d'une plume acérée le mythe du moujik, paysan vertueux et héroïque tel que présenté par les slavophiles Tolstoï et Dostoïevski. Jusqu'alors, à leurs yeux, comme à ceux de la majorité des auteurs russes du XX ème siècle le moujik représente le dernier gardien de « l'âme russe », véritable cœur du mouvement révolutionnaire alors entendu comme un moment salvateur et libérateur.
Ici, nulle vision idéalisée ; il n'empêche qu'elle demeure poétique. C'est de la prose noire en trois parties totalement équilibrées pour assurer une rythmique, une musicalité perverse à cette descente aux enfers. Elle est double : c'est celle de deux frères, l'un demeuré au ténébreux village Dobrovska, l'autre y revenant. La première partie est un ricochet de petits chapitres de trois pages alors que nous suivons Tikhon, le premier frère, propriétaire terrien voulant fonder et faire perdurer sa fortune matérielle. Vers la moitié du livre, la « réconciliation » avec son frère Kouzma survient. Le restant de l'ouvrage nous transporte aux côtés de l'autre frère : au fil du voyage de Kouzma pour rejoindre Dobrovska (le village) et retrouver son frère, la taille des chapitres subit un déséquilibre. Ceux exposant la pensée horrifiée de Kouzma sont plus longs comme de sourds battements de cœur et font palpiter le récit.
Ici, nulle aventure à la Michel Strogoff : ici nous embrassons les âmes, la psychologie. Comment une pauvreté extrême engendre-t-elle une cruauté et une violence de tous les instants, autant des paroles que dans les gestes? Comment un russe éduqué et clairvoyant, non illettré à l'instar de la majorité de la population, est-il désoeuvré face à son pays brisé ?
L'oeil dévorant de Bounine défait de tout prisme déformant reste malgré tout amoureux de son pays, de son paysage presque rédempteur qu'il ne cesse de parcourir avec délectation. Il est en cela un slavophile réaliste, dignement récompensé en 1933 d'un prix Nobel de littérature.
Si vous êtes adorateur de la prose, lisez Bounine ! Si vous êtes adorateur de la Russie, lisez Bounine ! Si vous êtes adorateur du réalisme, lisez Bounine !
Le ténébreux et dantesque village de Dobrovska vous attend !

Eve-Angéline M.


par (Libraire)
1 août 2014

Absolument génial !

India est schizophrène. Pour tenter de comprendre son histoire, elle écrit un récit autobiographique. Car son histoire est étrange : obsédée par un tableau , "La fille qui se noie", elle rencontre par hasard sur le bord de la route une femme qui ressemble trait pour trait au modèle du tableau. Mais l'a-t-elle vraiment rencontrée ? Ou, comme elle le dit, l'a-t-elle rencontrée pour la première fois - deux fois ?
Le récit est perturbant, de par sa forme et la manie que la narratrice a à parfois parler d'elle à la troisième personne au lieu de la première. Par son histoire aussi. Les détails s'accumulent, ne concordent pas entre eux. Qu'est-ce qui est réel, et qu'est-ce qui ne l'est pas ? A quel moment la narratrice tombe-t-elle dans un profond délire ? Et quand on croit toucher du doigt la vérité, quand des éléments concrets semblent confirmer une théorie ou une autre, voilà que le fantastique s'immisce à nouveau dans le récit...
On ne peut pas se fier à la narratrice, et c'est peut-être tout ce qui fait le charme fou de ce roman : des éléments concrets et fantastiques qui s'entrechoquent, un livre qui oscille entre imaginaire, réel, atmosphère onirique et folie pure. Prenant jusqu'à la fin : un tour de maître qui mérite d'être découvert.


11,00
par (Libraire)
14 juin 2014

La fulgurance du geste

"L'odeur de l'autre pour échapper à l'érosion du temps. Un bref moment de son existence on n'est plus seul".

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Une histoire d'amour, eux
l'extase de l'abandon.

Le temps file pourtant et défait.
Elle ne l'aime plus.

Il a en lui l'attirance du vide.
Lui, chute en avant. Corps inerte.

Elle, de l'autre côté de la fenêtre.
Torpeur de la douleur physique. Vivre.

Lire ce récit poignant c'est entendre, voir, ressentir, être là, le corps à l'écoute du texte.
Des paragraphes courts qui sont des instantanés de moments arrêtés, de mouvements, de regards, de sensations.
Les phrases laconiques au bas de chaque page forment elles aussi un écho puissant, poétique, fulgurant.

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"Les instants auxquels on croit A quel moment ? Ce qui ne se partage pas"

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Zakuro


De la gouttière

10,70
par (Libraire)
23 mai 2014

Dans une ville touchée par l'étrange mal qu'est la "rabougrite", Barnabé est le seul qui résiste à la maladie. Il possède d'ailleurs le dernier spécimen de "bouquinier", un arbre où poussent des livres. Peut-être pourra-t-il, grâce à lui, guérir la vile ?

L'ouvrage est tout d'abord destiné aux enfants, mais n'importe quel adulte aimant un tant soit peu la lecture peut également l'apprécier. Dans Kirouek, les livres sont les seuls à pouvoir, littéralement, apporter un peu de couleurs à la ville. Les dessins sont soignés, les personnages expressifs, et les contrastes entre la ville grise et le monde coloré de Barnabé sont très bien rendus.

Un conte simple mais plein de charme, une véritable ode à la lecture qui en ravira plus d'un.